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“Il ne nous semble plus possible de demeurer isolés et muets.”

En cette fin de saison, le monde de la Culture traverse une vague de déprogrammations et d’annulations sans précédent. C’est dans ce contexte que près de 500 professionnels du spectacle vivant se sont réunis le 9 juin 2026 au Théâtre Public de Montreuil, à l’appel du Collectif Livrer bataille, pour une première assemblée générale dans une salle Jean-Pierre-Vernant comble. La Revue AS était présente et livre ici le récit de cette soirée. À la veille de l’ouverture de la 80e édition du Festival d’Avignon (du 4 au 25 juillet), grande fête annuelle du théâtre, la rédaction appelle le monde de la technique à rejoindre le mouvement.

Photo © Rémy Ebras

Un secteur sous pression

Avant le volte-face du maire de Vanves sur la tenue d’une saison pleine au Théâtre municipal début juin,(1) Le Channel à Calais annonçait déjà six mois d’interruption brutale,(2) un scénario qui fait écho aux situations du Théâtre Studio d‘Alfortville(3) du Théâtre Jean Lurçat – Scéne nationale d’Aubusson,(4) de La Coupole à Saint-Loubès(5) ou encore du Théâtre du Grand Rond à Toulouse.(6) Le 23 juin 2026, c’est au tour du Centre chorégraphique national de Grenoble d’annoncer l’annulation d’Impact Festival,(7) son temps fort de la saison prochaine. Le tableau budgétaire est brutal : après des années d’attaques répétées contre le spectacle vivant depuis 2007, le Gouvernement annonçait en avril des économies comprises entre 4 et 6 milliards d’euros. Le ministère de la Culture y contribue en taillant 7 millions dans les programmes “Création”et “Patrimoine”, et 5 millions supplémentaires dans la “Transmission des savoirs et démocratisation culturelle”. À ce désengagement de l’État s’ajoutent les coupes des collectivités territoriales – régions et départements confondus estimées à 50 % dès 2025. C’est dans ce contexte que L’ÉchangeurCie Public Chéri à Bagnolet tirait la sonnette d’alarme en juin 2025.(8) De cette lutte, et de l’énergie déployée ces dernières semaines, est né le Collectif Livrer bataille, qui tenait sa première assemblée générale au Théâtre Public de Montreuil le 9 juin 2026. Preuve, s’il en fallait une, que L’Échangeur n’a pas dit son dernier mot.

Photo © Olivier Werner

Récit d’une AG

Coordinatrice de L’Échangeur, Fanny Hebette est l’une des chevilles ouvrières de Livrer bataille. C’est la fragilisation de sa structure par une baisse de financements de la DRAC qui a mis le feu aux poudres : neuf actes de mobilisation plus tard, et l’élargissement du combat au-delà des murs était lancé. Le Collectif compte aujourd’hui plusieurs centaines de signataires ; “Je ne peux même pas vous donner un chiffre, nous sommes en train de les recenser”, nous a-t-elle confié lors d’un entretien téléphonique le 5 juin 2026. Pour cette première assemblée publique, le choix du Théâtre Public de Montreuil s’imposait comme un geste symbolique fort : sortir de la problématique d’un seul lieu, associer d’autres voix. Irène Voyadzis, co-signataire de l’appel, ouvre la soirée par une lecture collective du texte fondateur du Collectif : “Il ne semble plus possible, écrivent-ils, de demeurer isolés et muets”.(9) Elle retrace ensuite l’historique : depuis février, une vingtaine de compagnies – théâtre, danse, musique, marionnettes, arts de rue s’est réunie une dizaine de fois pour construire une réponse commune. Conventionnées ou non, parisiennes ou régionales, toutes partagent le même sentiment d’urgence face au désengagement simultané de l’État, des régions, des départements et des villes. La soirée s’est organisée en deux temps : des prises de parole thématiques d’abord, pensées comme un socle de réflexion collective, puis une parole ouverte à la salle. Les témoignages se succèdent compagnies conventionnées qui voient leurs aides disparaître, jeunes structures qui n’en ont jamais obtenues. Un intervenant tire la leçon amère des combats précédents : “Les mobilisations de 2003 ont repoussé les choses du côté des intermittents ; aujourd’hui c’est directement l’existence des compagnies qui est visée”.

Photo © Olivier Werner

L’horizon Avignon

Le Collectif travaille sur deux temporalités : une action immédiate – se réunir, faire nombre, se rendre visible et une réflexion de fond pour comprendre les mécanismes qui ont mené à la situation actuelle. Des groupes de travail et des enquêtes sont envisagés, avec l’appui éventuel d’économistes et de sociologues. L’adresse livrer.bataille@gmail.com recueille autant les signatures que les propositions concrètes. Quant à la suite, Fanny Hebette se montre prudente sur l’hypothèse d’actions à Avignon –– “Nous n’appelons pas à la grève” – mais revendique clairement la volonté d’y tenir un espace de paroles structuré, en lien avec le Syndeac ou d’autres organisations comme le Synavi qui appelle à remplir son baromètre afin d’être mieux armé,(10) la CGT-Culture, le CNT catégorie STUCS (Syndicat des travailleur.se.s uni.e.s de la Culture et du spectacle). Il y aura bien des occasions de se réunir en Avignon, comme le moment des États Généraux de la Culture, ou l’organisation d’une nouvelle assemblée générale. En Avignon, le rideau ne tombera pas sur le silence.

(9).  Extrait de l’appel Livrer Bataille, lu lors de l’AG du 9 juin au Théâtre Public de Montreuil

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