Nous avons tous en tête l’image du faiseur de bulles géantes sur le parvis d’un musée ou dans un parc public. Une animation de rue classique, souvent perçue comme un simple divertissement enfantin. Mais ce que propose l’artiste vietnamien Tuấn Anh Bùi Vũ (alias Mr Bubble Popo) déplace radicalement cette pratique vers le domaine des effets spéciaux et du design lumière expérimental.
Visuellement, nous frôlons l’hologramme texturé ou l’effet CGI tout droit sorti d’Avatar, et pourtant, la performance est entièrement analogique. Le basculement technique repose sur une double maîtrise. D’abord, la chimie : le fluide savonneux est chargé de pigments fluorescents spécifiques, capables de réagir violemment à certaines longueurs d’onde. Ensuite, l’implantation lumière : en utilisant des sources UV (lumière noire) stratégiquement dissimulées au sol et orientées en faisceaux rasants, la lumière vient exciter la matière liquide dans l’obscurité.
Pour un éclairagiste ou un scénographe, la bulle de savon traitée ainsi devient un médium fascinant. Ce n’est plus un simple objet qui flotte, c’est une membrane de projection en trois dimensions, dont l’épaisseur varie en temps réel, créant des nappes colorées mouvantes.
À l’heure où l’industrie s’appuie massivement sur des murs de LED rigides, des moteurs 3D et des timecodes programmés à la frame près, introduire une matière aussi fragile sur un plateau est un vrai parti pris de mise en scène. La bulle ne se programme pas : elle est soumise à l’hygrométrie ambiante, à la température et aux moindres courants d’air. Et c’est précisément cette vulnérabilité matérielle et cette part de chaos organique qui rendent l’effet visuel aussi hypnotique.






