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ISTS-CFA : une nouvelle formation qui prend racine dans le concret

L’ISTS-CFA des Métiers du Spectacle ouvre en 2026, à Marseille, une nouvelle section “Technicien lumière” en apprentissage, conçue depuis le terrain, avec l’expérience de ceux qui montent des équipes sur des plateaux exigeants. Les apprentis sont appelés à rejoindre aussi bien des entreprises de prestation technique que des structures pluridisciplinaires, des lieux municipaux, des services culturels, des scènes conventionnées ou des festivals souhaitant intégrer des techniciens lumière en alternance. Au centre du dispositif, le regard de Michaël Petit, Directeur pédagogique en charge de l’apprentissage. Il est passé par la direction technique du Festival d’Avignon, du Parc de La Villette et du Théâtre Nanterre‑Amandiers, qui résume d’emblée le fil rouge de ce projet : “Mon parcours m’a permis de vérifier l’importance de structurer la pratique du terrain autour de connaissances techniques, que ce soit d’ailleurs en formation initiale ou continue. Les deux choses sont importantes et elles sont interdépendantes”.

Pour lui, la formation n’est pas un à‑côté, mais une condition de possibilité du travail collectif. Il rappelle que “ce qu’on appelle ‘recrutement’, c’est avant tout d’assembler compétences, savoirfaire – donc des gens qualifiés – autour d’un projet”. Dès lors qu’un métier ou un secteur devient “en tension”, la donne change : la formation professionnelle devient un passage obligé, “pour intégrer une filière, se maintenir à jour ou se perfectionner tout au long de sa carrière”, ce qu’il considère comme “vital pour l’employabilité des techniciens”. Cette double exigence – structurer la pratique et sécuriser les parcours – guide la création de la nouvelle section, pensée comme une formation “alliant une solide base théorique et adaptée au métier de technicien lumière avec des temps longs de pratique de terrain en entreprise”. 

La genèse de la section Technicien lumière répond à une volonté assumée “d’ouverture et de diversification”. D’un côté, il s’agit “d’ouvrir plus largement l’accès et permettre à des apprentis niveau lycée et même pré Bac de s’insérer dans un parcours d’alternance”. De l’autre, de “proposer une formation qui soit plus en phase avec les attendus du métier (entre autres, celui de la prestation)”. Pour vérifier cette intuition, l’ISTS-CFA a mené “une étude de manifestation d’intérêt” auprès des entreprises des bassins d’emplois PACA (Marseille, Avignon, …) : “Les retours globalement positifs ont conforté notre intuition sur la pertinence de cette formation”. Au fond, résume‑t‑il, “notre principale intention, et donc priorité, a été de proposer une formation solide et qualifiante à des jeunes pour leur permettre d’intégrer le monde du travail et pourquoi pas de poursuivre, à plus ou moins longue échéance, une formation de régisseur”. 

C’est aussi sur le calendrier que cette formation assume sa spécificité. Conçue pour tenir compte des “grosses périodes d’exploitation” de mai à août pendant la saison des festivals, elle a été ajustée “après de nombreuses simulations et réflexions. In fine, nous avons tranché pour une formation en douze mois – sept en entreprise et cinq en centre de formation”, explique Michaël Petit. Le principe est clair : “Commencer par six semaines consécutives en centre pour donner des bases solides et des repères qui permettent aux apprentis de pouvoir se repérer, comprendre les consignes et faciliter l’intégration en entreprise, et ensuite retour pour 3,5 mois en centre pour approfondir, développer, faire des mises en situations avant de retourner pour la période de haute activité sur le terrain”. Ce rythme, dit‑il, “est clairement plus adapté aux réalités des entreprises de presta (mais peut convenir également à des structures pluridisciplinaires) que les formations de régisseurs qui sont ‘historiquement’ structurées autour des rythmes traditionnels des théâtres”, même s’il constate que “tout tend à bouger depuis quelques années, les codes changent”. 

Derrière ce travail d’architecture, la conscience aiguë d’un secteur en tension. Michaël Petit ne minimise pas les enjeux : “En formant de nouvelles générations de techniciens qualifiés et aguerris aux pratiques de ces professions, nous contribuons à diminuer la tension de ce secteur”. Interrogé sur les manques les plus criants remontés par les entreprises de prestations et les directions techniques de festivals, il nuance : “Cela dépend vraiment des contextes et des personnes” mais pointe un point récurrent qui est que “ce qui ressort souvent ce sont les formations, notamment sur les aspects relevant de la ‘culture de la sécurité’”. Quant à savoir si l’apprentissage, tel qu’il a été structuré ici, peut être un levier pour fidéliser des techniciens dans un environnement très flexible et largement composé de CDDU, sa réponse est nette : “Résolument oui”.

L’ouverture à des publics sans diplôme fait partie des choix assumés. “C’est un choix totalement cohérent avec les valeurs portées par l’ISTS, celui de contribuer à l’employabilité du secteur de manière inclusive, sérieuse et pérenne”, affirme‑t‑il. Pour accompagner des profils parfois éloignés des codes scolaires classiques, l’équipe mise sur “le savoir-faire de nos process pédagogiques qui s’appuient sur des formateurs qui sont des gens de terrain, qui connaissent les pratiques et la théorie, et aiment les transmettre”. Dans un contexte où les prestataires peinent à recruter, il voit dans cette ouverture pré Bac un levier stratégique : “Absolument, c’est l’un des piliers de cette formation”.

Le portrait du technicien lumière à la sortie de la section est très concret : “De connaÎtre les matériels utilisés, de savoir câbler, régler, entretenir, installer dans le respect des règles de l’art et des consignes de sécurité en s’appuyant sur des plans, de travailler en équipe, le tout en sachant faire preuve d’autonomie et de réactivité”. Pour construire le dispositif, il explique avoir travaillé “avec mes collègues de l’ISTS, en nous appuyant sur le RNCP de l’organisme STAFF”, en se projetant “au maximum dans la réalité des attendus du poste” afin de décliner les connaissances à enseigner et transmettre. La formation vise ainsi à alimenter un écosystème large : entreprises de prestation, lieux municipaux et services culturels, scènes et festivals, mais aussi structures associatives ou pluridisciplinaires qui souhaitent accueillir des apprentis techniciens lumière et les intégrer dans leurs équipes sur le moyen et le long termes. 

Reste, pour Michaël Petit, à maintenir ce qu’il appelle les “équilibres subtils et nécessaires” entre théorie et pratique : “C’est l’essence de la formation en alternance et j’espère également que mon expérience me permettra d’instiller une pédagogie vivante et en phase avec les attendus de la profession et du terrain”. C’est à cet endroit que cette nouvelle section Technicien lumière se donne comme un dispositif de formation, mais aussi comme un portrait en acte : celui d’une profession qui cherche à se transmettre, en tenant ensemble exigences de scénographie, réalités des prestataires, besoins des structures culturelles – publiques comme privées – et trajectoires des jeunes techniciens qui arrivent sur les plateaux.

Pour s’inscrire : www.cfa-spectacle.com/formation-en-apprentissage/demarches/comment-s-inscrire/

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