On a tellement pris l’habitude de voir des effets visuels générés par ordinateur qu’on en oublie parfois la puissance d’une illusion purement physique. Ce que propose le collectif italien Urban Theory dans ce format « Collective Fusion » est une véritable leçon de géométrie corporelle. La discipline à l’œuvre ici s’appelle le tutting, un style de danse dérivé du hip-hop qui se concentre sur la création d’angles droits avec les bras et les mains, en s’inspirant des hiéroglyphes égyptiens. Mais le Collectif pousse le concept bien plus loin en l’appliquant à l’échelle chorale.
D’un point de vue scénographique et direction artistique, tout est pensé pour tromper l’œil et effacer l’individu au profit de la machine collective. Le choix des costumes est d’une redoutable efficacité : en plongeant les corps dans un noir absolu et en isolant uniquement les avant-bras blancs et les gants rouges, la chorégraphie fragmente la perception du spectateur. Les visières noires contribuent à cette déshumanisation volontaire. Il n’y a plus de visages ou d’expressions faciales à lire, seulement des lignes de force et des formes géométriques qui se construisent et se déconstruisent à une vitesse folle. Pour les metteurs en scène et les chorégraphes, c’est un rappel brillant que la synchronisation extrême et une gestion radicale des contrastes lumineux peuvent créer un impact visuel bien supérieur à tout artifice technologique. La contrainte fait naître l’hypnose.





