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RENÉ 26

Écrire le théâtre à l’heure des nouvelles présences

L’exploration des innovations numériques et technologiques mènera-t-elle au renouvellement des dramaturgies théâtrales ? Les deuxièmes RENÉ (Rencontres Européennes des Nouvelles Écritures)– RENÉ 26 –, qui se dérouleront à Metz les 26 et 27 octobre prochains, invitent auteurs, artistes, chercheurs et publics curieux d’Europe et d’ailleurs à comprendre la dramaturgie contemporaine sous l’angle des écritures pluri-présentielles. Cet événement, né en 2025 des recherches de Jean Boillot et de sa compagnie La Spirale, s’imaginait déjà lorsqu’il était à la tête du Nest Théâtre – CDN transfrontalier de Thionville-Grand Est (de 2010 à 2020) nous dit-il ici. À l’occasion des RENÉ, c’est bien depuis l’écriture théâtrale, du texte, que les questions se posent alors aux nouveaux environnements numériques. Un point de vue singulier dans cet univers qui voit, depuis le début des années 2010, son nombre d’événements accroître et qui ambitionne de faire de l’Eurodépartement de la Moselle le centre des synergies d’une communauté techno-critique à l’échelle européenne. 

Le point d’entrée : l’écriture théâtrale

D’entrée de jeu, Jean Boillot détaille le parti pris des RENÉ : “En prenant l’écriture comme point de départ pour explorer les mutations du spectacle vivant au contact des technologies numériques, je m’adresse principalement à des auteurs de théâtre”. Avec “Les nouvelles présences”, l’édition 2026 interroge la manière de faire coexister, sur un même plateau, des artistes présents physiquement, des interprètes à distance, dont l’image et la voix sont transmises en direct, et des agents artificiels, de l’IA conversationnelle aux chatbots. La forme du hackathon a alors été renouvelée après l’expérience réussie de l’édition précédente. Deux formats sont ainsi proposés aux participants afin d’expérimenter ces nouvelles configurations. Le premier, consacré au théâtre distanciel, explorera la téléprésence et ses possibilités dramaturgiques : faire dialoguer plusieurs lieux, partager des points de vue par l’image ou intégrer les smartphones du public à l’espace scénique. Animé par Claire Paillon (SAT – Société des arts technologiques de Montréal), Antoine Klein et Léopold Chrétiennot (e-MDE – Maison de l’étudiant du numérique), ce laboratoire envisagera la distance non plus comme un obstacle mais comme une composante de l’écriture et du jeu. Le second format, dédié au théâtre conversationnel, placera l’intelligence artificielle au cœur de la création. Chatbots et hologrammes pourront y devenir des protagonistes à part entière, aux côtés des acteurs, à travers des dispositifs mêlant dialogues préécrits, improvisation et récits générés. L’enjeu n’est pas seulement de faire entrer de nouveaux outils sur scène mais d’interroger leur agentivité, leur place dans la construction du récit et la façon dont ils transforment les relations entre auteur, interprète et spectateur.

Sauvez vos projets – Photo © Christophe Urbain

À l’heure de la redistribution des cartes

“Nous sommes dans un moment de grande redistribution des cartes, des disciplines, et les technologies nous aident à brouiller les frontières. Enfin, elles ne nous aident pas toujours, parce que cela devient compliqué, mais elles nous obligent à redéfinir nos pratiques”, observe Jean Boillot. Cette recomposition touche à une question fondatrice : qu’est-ce qui fait théâtre ? En France, la définition réglementaire du spectacle vivant s’est historiquement construite autour de la coprésence physique des artistes et des spectateurs dans un même espace à l’aide d’une ordonnance du 13 octobre 1945 relative aux spectacles, modifiée notamment par la loi n°99-198 du 18 mars 1999,(1) nous rappelle Jean Boillot. Or, la téléprésence, les environnements virtuels et les interactions avec des entités artificielles déplacent les contours de cette relation. Faut-il nécessairement partager un lieu pour partager une expérience théâtrale ? Et comment écrire pour des spectateurs qui deviennent parfois joueurs, interlocuteurs ou participants à part entière ? Ces questions traverseront notamment la table ronde “Écrire une expérience : ce que le jeu vidéo apporte au théâtre et réciproquement”, consacrée aux formes participatives et à la transformation du spectateur en joueur, ainsi que “Dramaturgie de l’IA : l’écriture théâtrale à l’heure des nouvelles agentivités”, qui réunira Valérie Cordy, Frédéric Deslias et Sabryna Pierre, sous la modération de Julie Valero. Ces enjeux s’inscrivent dans un mouvement que la Revue AS, dans une démarche techno-critique, analyse régulièrement comme l’attestent les sujets consacrés à la motion capture,(2) à la gamification du théâtre(3)ou à la production virtuelle(4) publiés cette année. 

Handle with Care – Photo © Joëlle Desmet

Synergie à l’échelle européenne

Cette réflexion sur les écritures nouvelles s’accompagne d’une volonté de décloisonnement, à l’échelle européenne, entre les disciplines, les pratiques et les publics. “Le théâtre s’inspire aujourd’hui du jeu vidéo, alors que c’était plutôt l’inverse avant”, souligne Jean Boillot. Les croisements entre spectacle vivant et numérique ouvrent aussi des portes à des spectateurs qui ne fréquentent pas nécessairement les salles de théâtre, tout en faisant émerger le besoin de textes conçus pour ces environnements hybrides. Ancrée dans le territoire européen, la programmation de spectacles proposée à Metz fait écho aux problématiques des RENÉ 26. C’est le cas au Centre Pompidou-Metz, où Les Aveugles du collectif INVIVO réinvente l’univers spectral et mystérieux de Maurice Maeterlinck par le recours aux présences holographiques et à un environnement virtuel ; à BLiiiDA, Handle with Care, de la compagnie belge Ontroerend Goed, invite les spectateurs à assembler et jouer collectivement une pièce en boîte et en kit, redistribuant les rôles entre interprètes et public. De son côté, la rencontre avec Boris Razon, directeur éditorial d’ARTE France, prolongera cette exploration à travers les nouvelles écritures que développe la chaîne européenne, à la croisée de l’audiovisuel, du live et du spectacle vivant. En réunissant auteurs, artistes, chercheurs et professionnels de différents pays, aussi issus des différents réseaux qui structurent et interrogent les environnements numériques d’aujourd’hui tels que le TMNlab, HACNUM, les JIT et bien d’autres, les RENÉ entendent faire de la Moselle un espace de dialogue et d’expérimentation pour une communauté techno-critique européenne. 

Les Aveugles – Photo © Nicolas Richard

Ne passez pas à côté de la programmation complète des RENÉ 26 les 26 et 27 octobre à Metz que vous retrouverez ici

(1).  www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGIARTI000006912158/1999-03-19?utm
(2).  www.revue-as.fr/2026/02/26/vers-un-boom-de-la-motion-capture/
(3).  www.revue-as.fr/2026/07/20/le-theatre-passe-en-mode-gaming/
(4).  www.revue-as.fr/2026/08/03/la-virtual-production/#notes

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