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Saison Cabaret

Quelle place pour la technique dans la reconnaissance institutionnelle ?

La Saison Cabaret s’ouvre aujourd’hui (18 septembre 2026), et ce ne sont pas moins de cinquante-quatre projets cabarets qui sont directement financés par le ministère de la Culture au cours des trois prochains mois (jusqu’au 18 décembre 2026). Il est évident que la Revue AS vous invite à vous rendre aux événements qui se déroulent près de chez vous.(1) Mais en attendant, à l’occasion de l’ouverture de la saison avec Cabaret Furieuse présenté à La Bellevilloise à Paris, elle est allée à la rencontre de la directrice de production Faustine Guyard, fondatrice de Maison Furieuse. Créée en 2023, cette Maison pousse à la réappropriation des moyens de production des artistes de cabarets en dehors des grandes Maisons à l’heure où ils en sont privés. Lieu de spectacle et de fête depuis plus de 160 ans, “le cabaret est à la fois un espace de liberté et d’irrévérence, un formidable laboratoire de création”, nous dit Catherine Pégard.(2) Qu’en est-il alors des moyens dédiés à la technique de ces artistes pluriels ?

Portrait de Faustine Guyard avec Naomi Morigaud et Mona LaDoll – Photo © studiolouche

Propos recueillis auprès de Faustine Guyard lors d’un entretien téléphonique le 15 septembre 2026

Saison Cabaret

– Une reconnaissance institutionnelle de ses arts

En 2022, Christopher Miles, Directeur général de la DGCA (Direction générale de la création artistique), lance une Mission d’étude sur le cabaret et le music-hall(3) au sein du ministère de la Culture. Ce moment d’intérêt institutionnel rappelle à Faustine Guyard ce qu’a vécu le hip-hop dans les années 80’-2000 : une culture alternative happée par une attention nouvelle, “avec le risque que l’institution n’en retienne que certains codes”. La Revue AS s’est intéressée, à l’occasion de ce sujet, à des artistes et à leurs conditions en dehors des grandes Maisons comme peut l’être le Moulin Rouge. En effet, depuis le milieu des années 2010, les territoires voient le développement de cabarets et ses formes de spectacle se renouveler grâce à la création de projets “in-disciplinaires” autour d’un personnage ou d’une créature incarnée par un artiste ou un collectif. C’est dans cette émergence des formes qu’en 2023, Maison Furieuse se structure pour mettre des compétences de production – lecture budgétaire, intermittence, ingénierie administrative – au service d’artistes qui en sont structurellement privés. Aujourd’hui, la Maison accompagne la carrière de plusieurs artistes – dont Mona LaDoll, Grand Gaillard et Michelle Tshibola –, produit les cabarets Belle Pour Mourir et Pins & Needles, et revendique un droit à la technique.

Pins & Needles – Photo © studiolouche

Mondes de la technique invisibles

Si le Plan Cabaret,(4) présenté le 21 janvier 2025 par le ministère de la Culture, prévoit que le CNM (Centre national de la musique) déploie des modules de formation technique et administrative dédiés aux artistes, équipes et entrepreneurs du cabaret, le mot “technique” comme ses métiers est invisible dans les documents publics. Un fonds de soutien au développement de créatures, intitulé “Bourse à la créature” est bien mis en place. Ayant siégé au comité consultatif de sélection, Faustine Guyard en dresse un bilan nuancé : dans les faits, l’aide finance surtout la formation et l’achat de biens matériels à destination descostumes notamment, laissant de côté l’essentiel selon elle : l’insertion professionnelle. Elle appelle notamment à “un accompagnement allant au-delà du financement, posant frontalement la question de la rémunération des temps de répétitions”. Cette précarité se retrouve dans l’artisanat et la technique, alors que les conventions collectives évoquent des “artistes polycompétents”.(5) Le droit à la technique reste flouet l’argent nécessaire au temps de résidence technique est bien loin de ce qui peut être mis en place dans le cadre d’une création de théâtre. Les créations lumière s’y bouclent ainsi souvent en l’espace d’une seule journée de résidence. Les arts du cabaret ne peuvent être associés à une simple animation ; “c’est du spectacle vivant à part entière, dont le temps de création reste sous-reconnu et les ‘lumières de service’ ne suffisent pas”, conclut Faustine Guyard.

Pins & Needles – Photo © studiolouche

Le cabaret face au temps long de l’institution

Face à cela, Maison Furieuse organise un autre événement grâce à un maillage de lieux parisiens tels que le 6b, La Marbrerie, le Bal Chavaux ou encore La Bellevilloise, hors de la programmation de la Saison Cabaret : Les Salons Furieux du Cabaret. Un temps est notamment organisé au CN D (Centre national de la danse) à Pantin les 9 et 10 novembre 2026, et des Ateliers d’Autodéfense sont aussi mis en place à destination de l’ensemble des artistes de cabarets.(6) C’est là où Faustine Guyard voit la fracture institutionnelle : seuls des lieux périphériques et alternatifs, plus précaires mais plus réactifs que les institutions, ont répondu présents. La Saison Cabaret produit un effet d’annonce mais se heurte au temps long des institutions : les salles bouclent déjà leurs programmations 2027/2028, quand le cabaret vit dans l’immédiateté de créations qui naissent et meurent d’un mois sur l’autre. S’y ajoutent une difficulté de structuration administrative et l’ampleur même du mot “cabaret”, terme parapluie recouvrant des esthétiques radicalement différentes. La direction artistique de Maison Furieuse s’ancre par exemple dans une histoire du travail du sexe et des freak shows du début du XXe siècle, aux antipodes de l’image d’un cabaret réduit au piano-voix. Que l’institution s’intéresse au cabaret est une chose, “à condition qu’elle entende ses singularités propres plutôt que d’en faire une énième sous-catégorie floue du spectacle vivant”, dit Faustine Guyard. Face aux incertitudes budgétaires de 2027, l’enjeu pour Maison Furieuse et ses partenaires est désormais de transformer l’effet de temps fort en dispositifs pérennes.

Pins & Needles – Photo © studiolouche

Célébrez la Saison Cabaret à La Bellevilloise dès aujourd’hui en réservant vos places ici.

(1).  https://saisoncabaret.culture.gouv.fr/programme
(2).  https://saisoncabaret.culture.gouv.fr/actualites/editorial-le-cabaret-une-place-singuliere-dans-notre-histoire-culturelle
(3). www.culture.gouv.fr/mc/content/download/357449/pdf_file/Mission%20d%27%C3%A9tude%20sur%20le%20cabaret%20et%20le%20music-hall.pdf?inLanguage=fre-FR&version=32
(4).  www.culture.gouv.fr/content/download/366481/pdf_file/20250121_MC_Plan-Cabaret-web.pdf?inLanguage=fre-FR&version=1
(5).  4.3.1.3. “Artiste polycompétent” Annexe III Convention Collective IDCC 3090
(6).  www.helloasso.com/associations/maison-furieuse/evenements/les-salons-furieux-du-cabaret

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