Dans le milieu des arts vivants, l’utilisation du feu est encore trop souvent reléguée au rang d’un effet visuel un peu facile, voire d’un cliché de festival estival. Pourtant, quand on observe le niveau de technicité atteint par des artistes comme Tyty (du collectif californien Faces of Flow), on comprend très vite qu’il s’agit d’une discipline biomécanique d’une précision inouïe. Ce que l’on voit sur cette courte séquence n’est pas une simple rotation de poignets, mais un mouvement extrêmement pointu appelé « front neck twist » : une technique de jonglerie de contact où l’agrès enflammé roule et pivote autour de la nuque sans la moindre intervention des mains. Le mouvement est mû uniquement par l’inertie accumulée et par le placement millimétré du corps de l’interprète.
La véritable difficulté technique de cette discipline ne réside pas dans l’élément feu en lui-même mais dans la gestion implacable du plan de rotation (ce que les anglophones appellent le plane). Le moindre écart d’axe dans la posture, la moindre hésitation sur le transfert de poids et la force centrifuge déséquilibrent l’ensemble de la figure. Mais au-delà de la prouesse physique, il y a une vraie leçon de mise en scène à tirer de ces pratiques. Pour un concepteur lumière, intégrer un performeur de feu modifie radicalement l’approche d’un plateau. L’artiste devient lui-même sa propre source d’éclairage : une source mouvante, vivante, dont la température de couleur très chaude impose un clair-obscur naturel qui sculpte les volumes et les ombres de manière totalement imprévisible. C’est l’illustration parfaite d’une pratique issue des marges (la culture « flow arts » et des festivals alternatifs) qui s’impose aujourd’hui sur les scènes par son exigence chorégraphique absolue et sa capacité à créer une intimité instantanée avec le public.





