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Immortel comme l’artisanat

Hommage au théâtre de David Bowie

Dix ans après la mort de David Bowie, la presse internationale rendait hommage à l’éclectique et icône Bowie ce début d’année 2026. La Revue AS souhaite mettre en lumière l’influence du spectacle vivant sur son œuvre. Nous avons donc demandé à François, Vey, rédacteur en chef du magazine Légende, de revenir sur le très bel album qui tisse ce lien dès les premières pages. Alors que nous célébrons également les dix années de la sortie du clip Blackstar où la star nous apparaît une dernière fois à l’image, nous avons rencontré Niki Lindroth von Bahr, costume designer de ce projet. Entre le plateau et le studio, c’est la scène et son artisanat que nous célébrons avec lui.

Couverture de Légende, numéro consacré à David Bowie – Photo © Masayoshi Sukita

La naissance du rock-théâtralisé

Lorsque que nous lançons la question de l’influence du théâtre dans la carrière de l’artiste à François Vey, sa réponse est catégorique : “David Bowie concevait ses concerts comme des spectacles”. Il enchaîne : “Ziggy Stardust, c’est presque du théâtre musical” ; avant de conclure : “David Bowie a théâtralisé le rock”. Plus personne n’en doute désormais, et les documents d’archives qui font les magnifiques pages de “Sa vie en images”(1) achèvent quiconque résisterait. Mais alors d’où vient cette énergie imprégnée de spectacle vivant ? Né en 1947, David Bowie est alors âgé de vingt ans lorsqu’en 1967 il suit les classes du chorégraphe avant-gardiste londonien Lindsay Kemp. Il nourrit manifestement son parcours, et le pousse dans sa quête au personnage. En effet, mimes, théâtre burlesque et même butō fabriquent le nouveau Ziggy Stardust dès 1972 nous raconte François Vey. Finalement, la recette de Bowie, c’est qu’il convoque tous les artifices du théâtre, “costumes, pauses, et nouveaux éclairages, afin de donner vie à ses doubles”.

Capture d’écran du clip Blackstar – Photo © Johan Renke

Une technique de scène au service d’esthétiques plurielles

En effet, si dans le domaine de l’enregistrement et de la musique – et notamment à Berlin – David Bowie utilise les nouveaux outils d’enregistrement, il s’emploie à nourrir ses projets scéniques de ceux-ci. Avec les tournées de Ziggy Stardust, entre 1972 et 1973, Bowie utilise notamment un jeu de lumières narratif, pensé comme partie intégrante du personnage. Il pousse la technique de scène avec le Diamond Dogs Tour en 1974 dont la scénographie s’inspire des films Metropolis de Fritz Lang et The Cabinet of Dr. Caligari de Robert Wiene. Mark Ravitz et Jules Fisher, qui signent la scénographie de la tournée, dessinent des décors gigantesques, mobiles grâce à de larges plates-formes hydrauliques. “L’invention du double”(2) parachève finalement complètement ses multi-facettes esthétiques.

Capture d’écran du clip Blackstar – Photo © Johan Renke

De l’essence artisanat du théâtre

Si les recherches esthétiques ont grandement fabriqué ses personnages, allant jusqu’aux références de l’art du kabuki japonais, le travail porté aux costumes a laissé une empreinte durable. Et comme une profonde réflexion, sa dernière apparition dans le clip Blackstar laisse apparaître de longues années d’influences, notamment celles du film dont il était l’acteur principal, L’Homme qui venait d’ailleurs. François Vey explique qu’il “montre vraiment la continuité de cet univers notamment du côté de la scénographie”. Alors que David Bowie se sait atteint d’un cancer, il fabrique un ultime personnage à la tête bandée réalisé par le duo suédois Nicklas Nilsson et Niki Lindroth von Bahr qui s’occupe de l’ensemble des costumes. Désormais réalisatrice de ses propres films animés, Niki Lindroth von Bahr nous confie : “Nous avons été contactés parce que ce qui était vraiment recherché était la question de l’esthétique craft”. Ces dernières images de David Bowie révèlent finalement ce que le théâtre ne cessera jamais d’être : un art d’artisans de la scène.

Capture d’écran du clip Blackstar – Photo © Johan Renke

(1).  David Bowie 10 ans après, Légende, Numéro 21, pages 12 à 29

(2).  David Bowie 10 ans après, Légende, Numéro 21, pages 46 à 50

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