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Lumière vivante sur glace noire

Quand la scénographie quitte la boîte noire du théâtre pour le noir d’encre d’un lac gelé, l’espace scénique se réinvente totalement. Cette performance de Vanessa Bauer et Alexei Morita nous offre une leçon d’esthétique en milieu naturel.

Ce qui retient l’attention ici, c’est la gestion de la lumière devenue purement « diégétique ». En l’absence de gril technique, les patineurs manipulent eux-mêmes des tubes LED autonomes (type Astera). Ils ne sont plus seulement interprètes mais deviennent leurs propres éclairagistes, sculptant l’espace en temps réel. Cette source mobile crée une bulle de visibilité intime et joue sur la rémanence rétinienne pour étirer le mouvement dans l’obscurité.

Le dispositif est sublimé par la texture de la « Black Ice ». Contrairement à la surface blanche et mate d’une patinoire artificielle, cette glace naturelle agit comme un miroir optique sombre. Elle double la profondeur de champ et offre une réflexion nette, sans la diffusion parasite que l’on retrouverait en salle.

Techniquement, la réussite de l’image repose aussi sur la méthode de captation signée Reece Zylstra. Il s’agit d’un « tracking » physique : le cadreur est lui-même sur patins, stabilisateur au poing. En synchronisant sa vitesse et sa glisse avec celles des sujets, il annule la distance habituelle entre la scène et la salle, immergeant le spectateur au cœur même de la chorégraphie.

Une preuve élégante que la contrainte technique — la nuit, le froid, l’absence de régie — peut devenir le moteur principal de la dramaturgie.

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