Du pédiluve halogène au grand bain de LED

À Issy-les-Moulineaux, La Halle des Épinettes rouvre après un incendie et profite de cette remise à plat forcée pour entrer de plain-pied dans le monde de la LED. Petite salle pluridisciplinaire gérée par le CLAVIM et dédiée à l’éducation à l’image, elle réunit un studio d’animation, un studio de répétition et une salle modulable capable de passer, en un claquement de doigts, de salle de cinéma à espace de spectacle vivant. Avec une jauge d’environ une centaine de places et des distances courtes, nous sommes clairement dans un lieu de proximité où chaque investissement lumière se négocie entre polyvalence, sobriété et charge de travail pour une équipe réduite.

L’incendie de 2023 ayant rendu les installations scéniques inutilisables, il devient nécessaire de repartir de zéro. Quand la vie donne des citrons, on en fait de la limonade : c’est exactement la philosophie qu’appliquent Loïc Le Goff et Alexander Lebier, responsables du lieu. L’occasion est idéale pour enfin traiter la question de la transition LED, repoussée depuis des années, dans un contexte où l’halogène se raréfie, où les prix de l’énergie augmentent et où les plans de sobriété obligent les collectivités à revoir leurs consommations.

À cette échelle de jauge, la question est très concrète : comment renouveler un parc complet d’éclairage – lumière, commande, électricité, réseau – en gardant une lumière confortable pour le cinéma comme pour le théâtre, sans ajouter une couche de complexité ingérable pour la régie ? Leur choix se porte, assez naturellement, sur un environnement rationalisé provenant d’un seul constructeur. Loïc et Alexander décident de faire appel à ETC, qu’ils connaissent déjà et en qui ils ont confiance : les Source Four jr traditionnels, en place depuis longtemps, ont prouvé leur robustesse. Du gradateur à la console, en passant par tous les projecteurs, ils basculent vers un écosystème complet : projecteurs, armoires ColorSource ThruPower et pupitre EOS. On ne parle plus seulement de “changer des projos”, mais de s’inscrire dans un système cohérent où matériel, formation (tutoriels, webinaires) et support technique parlent le même langage, ce qui est loin d’être anodin pour une petite équipe polyvalente.

Côté sources, la Halle se dote d’un kit d’automatiques : quatre Ministar et quatre High End Systems SolaPix 7 pour introduire mouvement et effets dans un volume réduit, avec une puissance installée maîtrisée. Pour la couverture générale, la gamme ColorSource assume la partie statique : trois Spot V (25–50°), dix-huit Fresnel V et dix Spot Jr habillent le plateau, tout en offrant une colorimétrie soignée, adaptée aux peaux et aux matières. Le passage à la LED ne se résume pas à une baisse de consommation : la maîtriser, c’est apprendre une nouvelle syntaxe et le monde qu’elle nomme. L’homogénéité des choix d’équipement devient un sujet central, au cœur de débats qui n’existaient pas à ce point à l’ère de l’halogène : moteurs blanc froid, blanc chaud ou blanc variable, modules multi-LED à trois, quatre, cinq couleurs et plus, qualités de spectres de blanc, écarts entre flux annoncés et flux réellement utilisables, rendu de la lumière sur scène, … Autant de paramètres avec lesquels les équipes doivent désormais composer.

La distribution suit la même logique de transition maîtrisée : deux armoires ColorSource ThruPower de 24 et 12 circuits conservent la trame électrique existante tout en offrant, circuit par circuit, un choix entre gradation et alimentation directe. Pour une petite salle d’accueil équipée, ce type de solution hybride permet de vivre la bascule au quotidien sans la subir : accueillir des projecteurs traditionnels et des compagnies encore en halogène, tout en construisant un plateau majoritairement équipé en LED, sans rupture brutale ni perte de souplesse d’usage. Le manque d’homogénéité des parcs, en particulier dans les théâtres, opéras et lieux de tournées petites ou moyennes qui ne se déplacent pas avec leur propre matériel, est aujourd’hui au cœur des préoccupations : chaque combinaison de sources LED raconte une autre lumière.

En régie, un Ion Xe 20 de la gamme EOS prend le contrôle. Compacte, dotée de vingt faders, la console permet de piloter couleurs, réseaux DMX/sACN, Art-Net et automatiques sans changer de “grammaire” d’un plateau à l’autre. Avec l’arrivée des mouvements et de la LED, la console n’est plus seulement une boîte à faders – même si l’importance de ces derniers ne se discute pas –, elle s’instaure comme centre névralgique de commande : presets, bibliothèques, mémoires et cue lists concentrent désormais une bonne part de la magie du spectacle. La montée en compétences s’appuie sur la chaîne YouTube d’ETC et ses webinaires facilement accessibles, que l’équipe peut suivre directement depuis la régie, leur nouvelle console sous la main.

Au-delà de ce cas d’école, la Halle des Épinettes s’inscrit dans un mouvement plus large de “lédification” des plateaux, sous pression réglementaire, énergétique et financière. Entre plans LED régionaux et dispositifs d’aide à l’équipement, les politiques publiques encouragent la bascule mais laissent à chaque lieu le soin de choisir ses armes : projecteurs, systèmes de commande, gestion des réseaux IP et de l’électricité, formation et montée en compétence des équipes.
L’industrie, elle aussi, évolue dans ce sens : les constructeurs de projecteurs élargissent leur périmètre de productions et pensent désormais les systèmes dans leur ensemble, à travers leur propre prisme. Chez ETC comme chez d’autres, le catalogue ne se limite plus aux seules sources mais englobe un écosystème complet : consoles, alimentations, distribution, contrôle réseau ou architectural, avec l’idée de proposer un “univers” clé en main, du rack à la façade. Plusieurs articles parus ces derniers temps témoignent de ce glissement vers des ensembles cohérents plutôt qu’un simple empilement d’appareils d’origines et de constructeurs différents.

C’est dans ce contexte que la Halle des Épinettes a fait le choix très pragmatique d’un système monomarque, en optant pour ETC. Le lieu réduit ainsi la complexité, sécurise la maintenance et concentre l’effort de formation : des avantages loin d’être négligeables pour une petite salle. Ces avantages certains se temporisent toutefois d’une dépendance plus forte à un seul fabricant et d’une palette d’outils potentiellement plus restreintes pour les artistes. La rationalisation des moyens techniques tend à produire des dispositifs plus homogènes : mêmes gammes, mêmes formats, mêmes palettes “par défaut”, et donc des images qui finissent par se ressembler. Ce risque d’homogénéisation et d’appauvrissement de la diversité esthétique est bien réel, même s’il cohabite avec un mouvement inverse où artistes et équipes s’emploient à tordre et détourner ces outils standardisés pour retrouver des écarts et des singularités.
Neuf mois après le sinistre, la Halle rouvre, comme au terme d’une longue gestation, et retrouve ses usages mêlés – projections‑débats, ateliers, créations théâtrales, séances pour jeunes mamans – avec un parc lumière entièrement renouvelé et prêt à être apprivoisé.






