Antipode MJC Rennes

Maison des jeunes et des cultures

Toutes les photos sont de © Patrice Morel

Implanté sur la nouvelle ZAC de la Courrouze de Rennes, site de l’ancien arsenal militaire, le nouvel Antipode MJC Rennes s’impose comme un des nouveaux équipements culturels de l’écoquartier. Rencontres et mixité sociale animent les espaces à vocation éducative, culturelle et artistique. Le foisonnement de ses activités amène le projet d’Antipode au-delà du rang de MJC/SMAC.

Antipode MJC Rennes, visuel et rendu final - Document © Dominique Coulon & associés

Antipode MJC Rennes, visuel et rendu final – Document © Dominique Coulon & associés


Historique

Antipode est une histoire associative ancrée depuis 1990 dans le quartier Cleunay de Rennes, un des premiers quartiers populaires de la ville. C’est à partir de 1998 qu’Antipode, associé à la MJC, a commencé à développer sa programmation de musiques actuelles avec des objectifs socioculturels. Pendant quinze ans, l’association a pu structurer son offre mais s’est retrouvée petit à petit à l’étroit dans des locaux inadaptés à l’ambition du projet. En 2010, le site actuel est proposé par la ville de Rennes pour venir en couture entre le quartier Cleunay et la nouvelle ZAC de la Courrouze. L’objectif était d’avoir un bâtiment permettant de mieux déployer le projet de l’association et de faire le lien entre les différentes populations.

Construction en porte-à-faux, entrée du Club

Construction en porte-à-faux, entrée du Club

Ainsi, ce sont trois programmes qui se rassemblent et s’articulent autour des musiques actuelles. “L’idée était de réunir trois grandes activités : la bibliothèque municipale, les activités de l’association de quartier qui gère tous les ateliers de pratiques et l’accueil d’enfants et adolescents en plus de toute la partie musiques actuelles”, explique Thierry Ménager, ex-directeur d’Antipode.

Parvis nord, espace jeunesse

Parvis nord, espace jeunesse

Longue mise au point

L’équipe lauréate du concours lancé en 2012 est l’agence d’architecture Dominique Coulon & associés, avec Sophie Thomas pour la partie scénographique des salles de spectacle. Il aura fallu cinq années d’études et de mise au point entre le début des études et la pose de la première pierre en mai 2018. La diversité des acteurs a mené à un long processus de concertation pour recueillir au mieux les besoins et apaiser les doutes. “Cela a représenté des allers-retours assez nombreux, sans parler de la nécessité de faire des fondations par-dessus le tunnel de la nouvelle ligne de métro qui a complexifié les choses”, nous raconte Thierry Ménager. “En tant que maîtrise d’usage, ce n’est pas encore évident d’être associé à l’ensemble des phases du projet. La culture n’est pas vraiment acquise, ni du côté de la maîtrise d’œuvre ni du côté de la maîtrise d’ouvrage.

Agora, hall d’accueil

Agora, hall d’accueil

Agora, accès aux niveaux supérieurs

Agora, accès aux niveaux supérieurs

Accueil des studios

Accueil des studios

Enchevêtrement d’îlots

Le bâtiment, d’une surface totale de 4 900 m2, s’élève sur trois niveaux articulés en îlots très denses prononcés par des extérieurs sombres en béton teinté pour rendre une homogénéité sur le site.

L’imbrication de ces grands volumes cubiques est en fait un jeu structurel intelligent alliant fonctionnalité et porosité du bâtiment soulevé par de longs porte-à-faux. À noter qu’il ne présente qu’un unique pilier porteur dégageant les vues traversantes à l’intérieur. Ce sont de grandes poutres voiles qui élèvent les différents blocs, tous maintenus par des toits terrasse. “Tous les murs sont agrafés en toiture. Tant qu’elle n’était pas coulée, il n’y avait aucun mur qui tenait. Ce qui veut dire que nous ne pouvions pas progresser dans le chantier tant que la dalle haute de la toiture n’était pas coulée”, nous explique Hugo Maurice, architecte du suivi de chantier. Cette complexité structurelle a notamment mis en grande difficulté l’entreprise de gros œuvre qui a cumulé les pénalités de retard, tâche sombre dans l’histoire de la réalisation de l’équipement. La crise sanitaire s’ajoutant au calendrier, le chantier aura duré plus de trois ans.

La Grande Scène, axe scène/salle

La Grande Scène, axe scène/salle

Tous les espaces des activités de proximité, en particulier la MJC et la bibliothèque, ont une transparence vers la partie urbaine du quartier, alors que la partie spectacle se déploie transversalement au Sud et tend davantage à se confondre avec la zone arborée. Ces grands volumes indépendants se connectent par trois patios extérieurs, des toits terrasses mutualisés et l’espace d’accueil central nommé l’Agora.

La Grande Scène, postes de régies au balcon

La Grande Scène, postes de régies au balcon

Cour technique, quai de déchargement

Cour technique, quai de déchargement

L’Agora

L’entrée principale s’effectue par le parvis en façade Nord. “L’idée était d’arriver tout de suite dans un lieu de vie”, insiste Thierry Ménager. Dessiné pour être un lieu de rencontre, l’Agora, d’une surface de 112 m2, se veut le point central et le lieu distributif vers les diverses fonctions du bâtiment. Il met en lien tous les espaces du rez-de-chaussée : l’espace jeunesse, l’espace d’animation et médiation, l’espace multimédia, l’espace d’exposition et le premier niveau de la bibliothèque. Un escalier en béton brut, souligné par les mains courantes lumineuses, mène quant à lui aux espaces dédiés aux pratiques artistiques. Au total, ce sont 800 m2 d’espace d’accueil de proximité.

L’Agora a été pensée comme une promenade, une flânerie où les usagers peuvent se faire happer par les multiples activités environnantes. Par exemple, l’espace d’animation et de médiation, d’une surface 58 m2, a une capacité de cinquante places et servira pour la présentation d’artistes, d’auteurs avec la bibliothèque, pour un café citoyen, … Il est donc volontairement ouvert tout en étant à l’abri dans le cas d’une projection ou d’un débat. Alors que nous comprenons rapidement la distribution générale des grands axes, une fois à l’intérieur il est toutefois facile de se désorienter. La signalétique aura un rôle majeur.

Le mobilier du designer Erwan Mével parsème l’espace de touches de couleurs très vives qui viennent en contraste avec le traitement minéral en béton brut du sol, des murs et du plafond. C’est un hall qui respire, de par sa double hauteur et ses percées vers deux patios dont un entièrement végétalisé. Des niches habillées de bois, donnant sur les patios, dynamisent l’espace et permettent de s’extraire de l’environnement béton grâce à un important apport en lumière naturelle. Nous y reconnaissons tout de suite la grande finesse et l’épure de l’architecte qui se lisent dans l’incrustation subtile d’éléments techniques. Une originalité notable est l’installation de trois toiles tendues rétro-éclairées par des bandeaux LEDs graduables au niveau des plafonds plus bas. En fonction des occupations et conditions de lumière, de multiples scénarios lumineux peuvent être ainsi réalisés.

Dominique Coulon a voulu une salle résonnante pour souligner le lieu de passage de manière sonore. C’est un point sur lequel les avis de l’architecte et du bureau d’étude acoustique Euro Sound Project ne se sont pas rejoints. L’acoustique déterminera très certainement à l’usage le confort de cette “place de village”.

Le Club, axe scène/salle

Le Club, axe scène/salle

Le Club, espace public et bar

Le Club, espace public et bar

Un dédale artistique

Si la bibliothèque de 563 m2 couvre presque la moitié de la surface des espaces destinés à la pratique artistique du R+1, ses derniers composent un vrai dédale artistique distribué par un étroit couloir. Nous y retrouvons un espace arts plastiques de 60 m2, une salle de danse de 88 m2, un espace Multi de 84 m2 accueillant activités diverses (danse, théâtre, expression corporelle), trois studios de répétition de 38 m2 et 25 m2 et enfin un espace petite jeunesse de 100 m2. Les salles sont bien proportionnées, claires et les nombreuses surfaces perforées en font des lieux acoustiquement agréables. C’est aussi leur ouverture vers les espaces de circulation ou espaces extérieurs que nous retenons. À cela s’ajoute une distribution régulière de puits de lumière palliant le possible sentiment d’étouffement que pourrait amener ce cumul d’activités.

Confort acoustique et lumineux

La multiplicité des activités a mené la maîtrise d’ouvrage à se faire accompagner par un assistant acousticien, Acoustique & Conseil, pour l’établissement d’un programme spécifique à ses besoins”, nous précise Jérémie Eschbach, acousticien du bureau d’étude Euro Sound Project.

Dans la salle de danse, ce sera un traitement acoustique simple et rationnel avec des diffuseurs de Schroeder en bois. Malgré les formes cubiques majoritaires à l’intérieur de ces espaces de création, les lignes se cassent habilement tout en laissant une hauteur sous plafond conséquente. Quant aux studios de répétition, leur isolation acoustique, techniquement très riche, est assurée par le système de “la boîte dans la boîte”. Les studios reposent sur une dalle sur ressorts répartis tous les 1 m. Sur celle-ci viennent s’installer des portiques faisant que rien ne touche la structure. En façade, des doubles châssis permettent que le son ne soit transmis ni en aérien ni en solidien. Ce procédé se couple à un panache de revêtements intéressants ainsi qu’à un dessin de lignes particulièrement travaillées cassant tous les ponts et déstructurant la géométrie du cube imposé par l’extérieur. Pour l’absorption des fréquences aiguës, le choix s’est porté sur un revêtement mural en textile et moquette au sol dans les tons gris clair mêlés à un léger violet. Des rideaux dans les mêmes tons permettent l’intimité et renforcent l’élégance de ces espaces aux ambiances nacrées. Chaque studio est aussi précédé d’un sas acoustique venant parfaire leur isolation. Un petit coup de cœur pour ces espaces où nous sentons la “très bonne synergie entre le bureau d’étude, les fabricants plaquistes et l’entreprise d’installation”, nous confirme avec enthousiasme Jérémie Eschbach.

Salle multi-activités

Salle multi-activités

Studio de répétition

Studio de répétition

Changement d’ambiance

Bien séparer les espaces d’accueil de proximité avec les espaces de musiques actuelles tout en gardant une souplesse dans leur interconnexion était essentiel pour être pleinement en phase avec la vocation de l’équipement. En réponse, une double cloison entre l’Agora et les espaces de spectacle existe, pouvant s’ouvrir lors des occasions exceptionnelles.

En activité ordinaire, nous accédons aux espaces de spectacle par une entrée indépendante avec contrôle en partie sud-est. La division entre les deux pôles d’activité est très marquée par un changement radical du traitement des surfaces. Si le béton demeure, ce sont des tonalités sombres qui dominent ici pour laisser s’installer une atmosphère feutrée. Une fois la billetterie franchie, le public accède directement à la zone épurée du bar ainsi qu’à l’espace Club, sorte d’antichambre ouverte de la Grande Scène. Le Club a une capacité de 180 personnes et est imaginé comme scène d’artistes émergents. Il servira également pour le public scolaire ou comme espace de répétition en journée. L’unité de la pièce est rendue par de magnifiques diffuseurs de Schroeder en béton situés en fond de scène et sur un demi-mur latéral à hauteur de bar. Cette intégration, ainsi que la cage de scène de 10 m de haut assez démesurée par rapport à la surface de scène de 42 m2, en font un lieu atypique. La scène est décaissée dans le béton et se sculpte également un mini escalier en pas-d’âne surplombé par un petit balcon pouvant accueillir un DJ, qui aura malheureusement une vue limitée sur son public. Le Club et le bar se retrouvent en communication avec le reste du bâtiment grâce à des baies vitrées donnant accès au patio/terrasse mutualisé. L’absence de rideaux occultants pourra peut-être limiter le travail de lumière de scène du Club.

Espace catering

Espace catering

Loge

Loge

La Grande Scène

La Grande Scène, attenante au Club, est une salle d’une surface de 386 m2 munie d’un gradin télescopique pouvant accueillir de 350 personnes à 1 000 personnes, en modublable assis-debout. Elle se présente comme une longue salle dont l’amplitude est mise en évidence par deux vagues acoustiques asymétriques composées de 975 caissons différents. Ils ont tous une face inclinée vers le haut où les ondes éclatées sont absorbées par le plafond. Tout a été mis en œuvre pour éteindre au maximum la réverbération et répondre aux exigences de polyvalence de la salle. La scène de 137 m2 est pensée et rendue modulable par un système de praticables assistés par vérins : elle peut ainsi s’élever jusqu’à 1 m, peut se mettre en gradin ou bien s’effacer. La tribune peut se déployer entièrement ou à moitié. Un gradin fixe en fond de salle, d’une capacité de cent places, ainsi qu’une galerie périmétrique surplombent la scène. Petit bémol sur la grille de soufflage en nez-de-scène qui perturbe légèrement la continuité scène/salle.

Le balcon est arrêté par un large bandeau de béton servant de poste régie en situation de spectacle tout assis, position qui malheureusement condamne la visibilité du premier rang. Par ailleurs, malgré ses dimensions, ce bandeau nous interroge sur un aspect sécuritaire et nous amène à penser que certaines configurations de salle ne seront pas garanties. L’idée de libre circulation, même au niveau des espaces scéniques, tenait cher à l’architecte, d’où la présence de la galerie périmétrique qui devait faire à l’origine le pourtour de la salle. Or cette intention s’est vite confrontée à la réalité de l’exploitation. Une coursive totale aurait nui aux différentes circulations des équipes techniques. Elle forme aujourd’hui un U et s’arrête donc sur la ligne du nez-de-scène, n’offrant pas forcément les meilleures places.

Nous devinons en fond de scène, habillé par des caissons acoustiques noirs, un imposant portail de décor de 4,50 m de haut donnant sur les espaces techniques. L’arrière-scène assez étroite pourrait impacter péniblement les circulations techniques et logistiques. Deux entrées artistes sont prévues : une à cour et l’autre à jardin. L’absence de continuité de fond de scène à jardin étonne et laisse un creux noir qui aurait pu être aisément traité par une porte coulissante, comme à l’entrée cour.

Plan de niveau rez-de-chaussée - Document © Dominique Coulon & associés

Plan de niveau rez-de-chaussée – Document © Dominique Coulon & associés

L’atelier de création

Il s’agit de la grande plus-value de l’équipement. Cette salle, d’une surface de 126 m2, est dédiée à la création de petites formes, sortie de résidence d’artistes. Le public peut y accéder depuis le rez-de-chaussée, alors que les artistes ont une entrée indépendante avec un accès au quai de déchargement, leur permettant d’y travailler 7j/7.

Sa taille s’aligne sur les dimensions de la Grande Scène dans l’intention qu’elle puisse être support de répétition pour de futurs spectacles. Nous sommes tout de suite convaincus par les possibilités que la salle peut offrir. Une vraie boîte noire. Tout est teinté en noir : le plancher en panneaux multiplis posés sur lambourdes, l’enduit acoustique, Valchromat noir perforé en partie verticale, plafond acoustique ainsi que tous les éléments techniques. Une acoustique impeccable rendue par le même principe structurel que les studios de répétition avec la différence notable du changement de dimensions. L’espace étant désolidarisé de 30 cm, les équipes de maîtrise d’œuvre ont opté pour des portiques treillis avec contreventements. La salle s’équipe également d’une partie régie séparée par un double châssis incliné pour éviter les échos.

Le coeur fonctionnel

Au niveau intermédiaire, non accessible au public, fourmille le cœur fonctionnel d’Antipode. La zone de catering, les cuisines, différents bureaux ainsi que trois spacieuses loges d’artistes de 30 et 20 m2 cohabitent sur ce même étage. Un vitrage en dégradé opalescent et un rideau en velours glissant sur rail extra fin fixé à la dalle préservent l’intimité des artistes tout en jouant sur les vues transversales.

Fraîchement ouvert au public, toutes les multiples connexions et continuités visuelles au service de la valorisation des potentiels de chaque activité et d’une cohabitation apaisée n’attendent qu’à se confirmer.

Antipode MJC Rennes

 

  • Surface totale : 4 900 m2
  • Coût total : 21,2 M€ HT
  • Coût des travaux : 14 M€ HT

Calendrier :

  • Concours : 2012
  • Début des études (APS-PRO) : mai 2013
  • Début des travaux : mai 2018
  • Livraison : septembre 2021
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