Du Théâtre Jean-Claude Carrière
Toutes les photos sont de Patrice Morel
Ce deuxième volet est principalement consacré à la description des équipements de la salle. La visite du lieu a été effectuée avant l’ouverture du lieu, nous nous limiterons donc aux équipements de base, l’ensemble n’étant pas encore totalement en place. Dans cette phase pré inaugurale, les équipements sont globalement au service de l’usage. Ils ne devraient poser que peu de difficultés scénotechniques, hormis l’adaptation avec de nouvelles habitudes de travail et la série de levées des réserves.
Les difficultés, si tant est qu’ils y en aient, apparaîtront lors des premières tentatives de configurations hors préconisations (musiques actuelles, salle 1 200 places, public debout, gradin replié 100 %) ou lorsque des compagnies théâtrales (pour le Printemps de Comédiens) se lanceront à corps perdu dans ce nouvel espace avec des décors autres que M0/M1.
L’équipe réduite des permanents aura peut être, d’ici là, eu le temps de trouver des parades et mesures compensatoires pour pousser au-delà des attentes cet équipement au demeurant transformable et démontable.

Propos recueillis auprès de Tiffanie Renard (cheffe de projet A+Architecture), Richard Denayrou (acousticien de l’agence Altia), Mathieu Bordas (régisseur général, nommé depuis mai 2013, venant de la Filature de Mulhouse)
Des matériaux nobles de haute qualité, avec des finitions exemplaires. Malgré tout, la grande générosité initiale semble s’être perdue au fil du chantier à un moment ou un autre, mais à posteriori sans nuire à l’ensemble. Restons sur l’axe le plus évident, le théâtre.

Les aspects scénotechniques & la machinerie
Le concept même du principe des équipes de machinerie impose dès le départ un certain nombre de simplifications. En dehors du lieu unique (Nantes), l’habitude de rencontrer des conceptions (à 100 %) basées sur des équipes américaines coulissantes se trouvait dans les projets de scène pour les musiques actuelles (La Sirène à La Rochelle et dernièrement, Le Métaphone à Oignies). Les 22 Équip chaîne 412 VV400/20F de Mécascénic translatent sur les chemins de roulement prévus à cet effet au beau milieu d’une passerelle ceinturant le plateau. Rien ne devrait interrompre cette continuité qui constitue à elle seule, une capacité de reprise de charge de 8,8 T réparties sur la charpente.

Deux rails équipent les sous faces des passerelles latérales. Ils assurent la translation des tubes latéraux à angle fixe de 90°. Ce système véloce est manœuvré à partir du sol à l’aide d’une drisse. Il est possible ainsi de faire coulisser des pans de pendillons le long des murs latéraux. Le déport du tube étant limité, il ne permet pas de réduire autant que souhaité l’ouverture de scène imposée par les petites formes théâtrales. Pour une ouverture de 8 m par exemple, les pendrillons devront être placés directement sur les équipes (configuration n°4 : jauge réduite). Le problème se reporte en configuration à l’allemande. La seule option consiste alors à draper directement à partir des garde-corps fixes des passerelles. Coulisser les 22 équipes requiert deux personnes en passerelle à la manœuvre et une en bas pour le guidage. Le déblocage des verrouillages sécurité manuels s’opère simultanément sur deux poignées (un à cour et une à jardin, déverrouillage électrique synchro possible mais en option).

La circulation horizontale en passerelle permet de regagner le hall d’accueil à partir de l’arrière-scène/loges en passant par les régies (l’usage d’une échelle à crinoline est imposé en fond de salle cour). La circulation jardin/cour s’effectue soit derrière le cyclorama et le rideau du dégagement fond de scène ou, plus discrètement, par les circulations de l’arrière-scène.

La pose et la dépose de l’écran à la polichinelle s’exécute à l’aide de deux équipes que l’on approche de part et d’autre de l’objet à déposer. Après avoir passé des élingues sous la polichinelle, on appuie légèrement deux équipes en place pour sortir le cadre fixe de ses guides. On laisse filer en direction du plateau. La sortie est facilitée par l’adjonction de roulettes à la base du cadre.

L’aire de jeu & la régie
Le plancher commun scène/salle en contreplaqué noir de 18 mm est directement posé sur un dallage béton armé. Il supporte sans difficulté le passage de la nacelle. La surface de jeu devra être recouverte de plancher spécifique pour un rebond assuré, seule solution pour convenir aux pratiques intensives. Aucune scène démontable n’est prévue dans le marché. Les équipements du Domaine d’O permettront de couvrir les demandes en attendant la dotation définitive d’un plateau de scène démontable. Se posera alors la question de son stockage.

Le gradin télescopique permet de multiples configurations. Déplié au maximum, il termine au niveau de l’aire de jeu. Là, un caniveau de 15 x 10 cm permet le passage de câbles transversalement au nez de l’aire de jeu. Tout devra être raccordé au boîtier central (40 x 40 cm), enfoui à 30 cm de profondeur, s’il on souhaite le refermer.

Le vide de scène et le plateau sont totalement exempts de caniveaux, les câbles devront soit, passer au sol ou remonter en passerelle. Deux boîtiers muraux de connexion au sol, au niveau du cadre et l’autre en fond de salle, permettent d’envisager un poste de travail régie son retour de scène, côté cour ou jardin ou fond de scène (régie salle inversée).

Un dernier boîtier au sol est prévu en milieu de salle. Il apparaît quand le gradin est en partie replié (position fosse/public debout). Ce dernier permet de mettre en place une régie en salle pour les concerts. Ces caniveaux de profondeur généreuse sont interrompus dans leur cheminement par des boîtiers de connexion audiovisuelle, les câbles peuvent éventuellement passer entre le boîtier et la trappe de fermeture. Entre les postes de régie et la scène, les compagnies (en tournée) arrivant avec leurs propres systèmes de câblage, devront l’installer au sol. Le dispositif d’obturation des caniveaux semble raide à l’ouverture et les rainurages qui guident le montage des panneaux demandent une bonne dextérité pour la fermeture.

Deux autres postes de travail en régie sont prévus en haut du gradin avec une position régie fermée et une position régie avancée en salle haute (possibilités de raccordements à chaque fois). Aucun mobilier de régie n’est prévu à l’installation.

La surface de la régie fermée est impressionnante ; elle est desservie par l’ascenseur monte-charge. Une part de cette surface, au fond, aurait pu être dédiée aux commodités pour le personnel et à un petit local de stockage. La cloison intermédiaire aurait permis d’adosser l’armoire centrale à celle-ci. L’éclairage de régie n’est pas du tout adapté, ou s’il s’agit d’un éclairage de service, il faudrait prévoir un deuxième circuit gradué pour atténuer.

L’acoustique
La salle du Théâtre Jean-Claude Carrière est une réplique quasi conforme du Théâtre Éphémère de la Comédie-Française. Ayant suivi les deux projets, l’agence Altia pouvait s’appuyer sur son retour d’expérience. L’objectif est ici de servir la voix parlée au théâtre sans s’interdire l’usage amplifié avec tout de même certaines limites d’exploitation.

Les contraintes budgétaires vont imposer certains choix. On remarquera la présence importante des parois latérales bois qui assurent un enveloppement suffisant de l’espace de jeu, complété par un certain nombre de panneaux réflecteurs judicieusement positionnés. Deux séries de réflecteurs spécifiques à l’avant du cadre (habituellement la zone du proscenium) réalisent une liaison par couplage acoustique entre les deux volumes (scène et salle). Ce principe permet de garantir la voix parlée, portée en direction de la salle. Inversement, le dispositif assure un excellent retour public en direction des comédiens sur scène. Cette zone avant-scène concentre au plafond technique un grand nombre de contraintes scénotechniques et de machinerie. Compte tenu d’une destination à usages multiples, dont la musique amplifiée, un traitement interne supplémentaire devait être apporté. La problématique de vouloir tout faire dans une même salle a été largement traitée dans nos articles à propos d’acoustique récents. Pour être performant, il aurait fallu faire appel à des systèmes acoustiques variables. Outre le coup d’installation, subsiste toujours la crainte de ne pas disposer d’un personnel formé et affecté à ces commandes et pour la modification correcte des positions (face absorbante ou face réfléchissante, rideaux acoustiques sortis ou massés, …). Entendu que cette salle devra fonctionner avec un personnel permanent réduit et des intermittents, il était plus approprié de rester sur un système définitif.

Vient le moment des choix et des concessions. L’agence s’est concentrée essentiellement sur des calculs de base concernant le public (volet voix parlée au théâtre en configuration n°1/5, gradin déplié totalement, ou n°4 demi-jauge). Il faut ensuite convaincre le maître d’œuvre pour prendre en compte l’absolue nécessité de traiter les surfaces internes de la salle. L’agrégat de différents matériaux sur les murs de la salle ne fait pas que des émules, car —par exemple— l’architecte souhaitait voir apparaître la charpente.

Le décor acoustique, fait de parois absorbantes recouvertes de croisillons bois diffusants, efface de fait les éléments de la charpente. La réverbération la plus diffuse se concentre dans la configuration n°2 dite de “réception” (salle à plat, gradin replié). Dans cette configuration, la diffusion sonore devrait se limiter à un orchestre dinatoire. La configuration n°3 (fosse public), avec sa boîte noire sur scène et éventuellement un rideau de fond de gradin (les régies dans ce cas sont en salle), devrait permettre cette fois de la diffusion électro-acoustique puissante.
Le volet émergence imposait d’assurer une bonne étanchéité aux musiques amplifiées, cette dernière est basée sur un niveau interne pouvant atteindre 105 dB(A).

Si un usage à fort niveau avec des Sub Bass importants est autorisé, des remontées en niveau seront à craindre pour les fréquences extrêmes graves en direction du voisinage. La question est de placer correctement le curseur entre efficacité, fréquence d’utilisation et coût induit. Être étanche à moins de 63 Hz, c’est possible mais coûteux !
Au-delà de son rôle premier, le Théâtre Jean-Claude Carrière, qui implicitement est un obstacle acoustique, assure un honorable affaiblissement des activités bruyantes de l’amphithéâtre de plein air en direction du voisinage assez lointain. Exposée, son étanchéité ne peut être laissée au hasard. L’enveloppe budgétaire était très contraignante, mais il fallait faire le choix du renforcement des plafonds et des toitures, qui du coup ont nécessité quelques compromis et “vases communicants”. L’agence s’est beaucoup bagarrée tout au long du projet et confirme aujourd’hui que toutes les prescriptions ont été respectées pour la salle du théâtre.

Les contraintes se retrouvent dans deux zones précises. L’arrière-scène est non traitée à ce jour mais pourra recevoir ultérieurement un traitement. Problématique identique dans la salle dite de répétition/échauffement qui, en l’absence de traitement interne, reste pour le moment limitée au stockage. Un complément d’enveloppe budgétaire devrait intervenir pour rendre à cet espace sa destination première.
Un grand effort fut activé pour mettre les installations internes au silence et ainsi éviter toutes les transmissions solidiennes et aériennes entre les différents locaux.
Des tests de pré ouverture sont encore en cours afin d’affiner les réglages en salle.

Les contraintes au cadre de scène mobile
Avec vingt-deux équipes coulissantes, il est bien normal de consacrer la majorité à la mise en lumière. Pour commencer, il faut prévoir deux dispositifs d’accroche pratiques et indépendants pour la diffusion sonore. Vient ensuite le manteau d’Arlequin. Il sera réalisé en toute simplicité avec une frise au cadre et deux pendrillons, faisant office de cadre mobile. L’ensemble est posé sur un des deux tubes fixes d’une équipe américaine de type Équip chaîne. En effet, le constructeur Mécascénic a prévu deux tubes fixes (un à l’avant et un à l’arrière de son système d’équipe coulissante) afin de pouvoir y placer des rideaux, des accessoires, des décors, des toiles … ou des câbles. Dans ce cas, l’idée n’est pas de réquisitionner inutilement la porteuse double mobile. Si l’on décide de coulisser cette équipe, c’est bien évidemment tout l’ensemble qui se déplacera. Les deux rangées de réflecteurs acoustiques, prenant position en avant du cadre de scène, devront être installées sur trois équipes coulissantes. De ce fait, il ne sera plus nécessaire de les déposer, sauf pour modifier leurs réglages. Si les régisseurs du lieu décident de déposer ces réflecteurs ce ne sera en aucun cas pour des contraintes acoustiques mais bien pour récupérer si besoin est, trois équipes coulissantes. L’agence Altia précise que ces réflecteurs restent en place, même en cas de concerts de musiques amplifiées.

Quand les normalisations HQE & BBC s’invitent dans le scénique
Ne cherchez pas le local gradateur, il n’y en a pas. L’éclairage scénique est proposé ici uniquement à base de projecteurs à LEDs. Un volontarisme assumé avec tout de même de-ci de-là, des tables de loges rétro éclairées à base de lampes incandescentes à réflecteur argenté et l’éclairage du hall d’accueil public discrètement renforcé avec des projecteurs à lampes à décharge… L’équipe souhaite très rapidement revoir un certain nombre de points : créer une ambiance dans le hall d’accueil et la mezzanine, prévoir un éclairage graduable pour le public et en régie, mettre en place en passerelle un éclairage de service.

En conclusion
Les projecteurs à LEDs atteignent de véritables performances professionnelles. Ils enrichissent progressivement la palette mise à disposition de nos créatifs. Mais les experts en la matière nous invitent à la prudence car nous n’avons que très peu de recul à ce jour sur ces technologies. Par exemple, la question de la masse énergétique dépensée à la conception est posée ; et aussi, se remarquent les premières dégradations harmoniques rencontrées sur les réseaux courant forts avec des bilans de puissances en hausse. On peut estimer que l’industrie qui a encore trop peu exploré les possibilités de la très basse tension, renforcera le facteur rendement/énergie en améliorant les qualités optiques de nos équipements.


- Classement proposé : Types L & N, 1ère Catégorie
- Dégagements et conditions d’accès maxi : 2 400 personnes, 3 personnes par m2 sur 800 m m2 et 26 m2 de podium
- Spectacle (gradins repliés) : 446 m2 au sol à 3 p./m2, soit 1 338 p. en salle
- Spectacle (gradins dépliés) : 1 p./place, soit 604 places assises
- Désenfumage de la salle : les décors seront M0 ou M1 ou classés A1 ou B-s2, d0
- Dallage béton armé 15 cm d’épaisseur, surcharge d’exploitation 5 kN/m2
- Plancher en contreplaqué noir de 18 mm d’épaisseur, grammage de 220 g/m2, sur résiliant
- Postes HT/BT 20 kV/ 230 V-410 V – 630 kVA
- Éclairage scénique : 86 kVA
- Sonorisation : 40 kVA
Un budget d’investissement supplémentaire de 265 000 €, supporté par le Domaine d’O, a permis la livraison d’une deuxième tranche d’éclairage scénique.
Une partie du matériel audio, les réseaux, les draperies et la machinerie faisaient partie intégralement du marché de travaux.
(Sur les docs Mécascénic Equipchaine est en un seul mot, après je t’avoue que je te laisse choisir). Sinon tout le reste est parfait
- Dimensions de la salle : largeur mur à mur : 21,40 m ; longueur mur à mur : 38,60 m ; surface : 826 m2
- Dimensions de la scène :
- Largeur mur à mur : 21,40 m
- Profondeur cadre de scène (au lointain de la dernière porteuse) :16,50 m
- Profondeur cadre de scène au mur du lointain : 18 m
- Distance 1er rang au cadre de scène : 3 m
- Cadre de scène réalisé en velours noir :
- Ouverture : de 14,30 m à 18 m
- Hauteur : de 7,40 m à 9,20 m
- 22 équipes coulissantes Mécascénic Équip chaîne 412VV400/20F à chaînes motorisées vitesse 20 cm/s pour 400 kg de charge répartie ; porteuses doubles 150 kg répartis et 100 kg en ponctuel entre deux attaches ; 25 kg en ponctuel en déport du tube ; largeur : 18 m ; diamètre : 48,30 mm ; hauteur max : 11,42 m
- Chemins de roulement : 280 kg/ml
- Passerelle ceinturant le plateau : hauteur : 9.80 m ; largeur : 1,20 m ; 300 kg/ml
- Lisses à projecteurs horizontales sur passerelles : 100 kg/ml
- Cyclorama à rétroprojection gris : 18 m x 9,50 m
- Polichinelle blanc : 14 m x 9 m ; motorisé 10,66 m/s ; course 9,60 m
- Console lumière : AVAB Congo
- Diffusion sonore :
- Façade : Amadeus DIVA XS et DIVA XS15
- Sub Bass : Amadeus ML18
- Side Fill, Front Fill, Near Fill : Amadeus UDX 12, 15, 18
- Nouveau système de mixage Centralogic basé sur une surface de mixage audio Yamaha Digital Mixing CL3 en communication via réseau Dante avec les racks Rio 3224-D ou Rio 1608-D déportés
- Points d’alimentation PC Hypra TRI+N+T 32 /ph 230 V/400 V : 1 PC en passerelle à cour et à jardin, 1 PC côté au sol à cour et à jardin, 1 PC au fond de salle vidéo commune, la dernière est réservée à la sonorisation sur transformateur BT/BT indépendant.





