Depuis plus de cent ans, Robert Juliat fabrique ses projecteurs en France et continue de penser la lumière comme un geste autant qu’une technologie. Dans un paysage où LED, réseau et tracking se sont imposés en moins d’une décennie, la marque a choisi une voie singulière : faire évoluer son catalogue au rythme de ces mutations, sans renoncer ni à la fabrication locale ni à la place centrale des opérateurs dans la chaîne de création.

Macbeth au Théâtre de Bâle – Photo © Ingo Hoehn
Aujourd’hui, ce sont autant ses découpes Sully que ses poursuites Arthur LT, Tristan, Morgane, ses cycliodes Dalis ou son système SpotMe que nous retrouvons au cœur de projets emblématiques, de la télévision française à Broadway, en passant par Bâle et Pigalle. Et si ces équipements se multiplient, c’est aussi parce que des concepteurs, des théâtres et des cabarets font un même pari : celui d’une marque de confiance, capable d’accompagner un basculement technologique sans perdre l’âme de la lumière.
Sully : la découpe LED devenue réflexe
Avec la gamme Sully, Robert Juliat traite la LED comme une nouvelle langue commune entre générations de projecteurs. Sur le plateau de Quotidien, ce sont les découpes Sully 115 W en version blanc froid qui assurent l’éclairage de face : IRC 96, TM‑30 très équilibré, TLCI 97, bref une lumière pensée pour la caméra autant que pour les yeux des invités. Le flux annoncé rivalise avec celui d’une découpe halogène 1 kW, voire le dépasse dès qu’on le compare à un projecteur filtré CTB pour obtenir une lumière du jour ; la transition vers un plateau 100 % LED a pu se faire sans renier l’esthétique de l’émission.

Quotidien – Photo © Bangumi Production
Au‑delà de ce cas très visible, Sully existe aussi en modules retrofit et en versions Fresnel. De nombreux lieux peuvent ainsi convertir leurs découpes halogènes vers la LED sans sacrifier les optiques existantes. On est moins dans la rupture que dans une continuité modernisée : même manière de “tenir” une découpe, mais avec une colorimétrie stable, des consommations en baisse et une maintenance simplifiée.
Arthur LT, Tristan, Morgane : une lignée de poursuites LED
Dans la famille des poursuites, Arthur LT, Tristan et Morgane racontent la même histoire, à trois échelles.
Au Théâtre de Bâle, deux Arthur LT 800 W (4°-10°) prennent la place d’anciennes HMI 2,5 kW en fond de grande scène, pour des distances de 28 à 40 m, tandis que deux Tristan 825 W (7°-14,5°) avec iris motorisé remplacent des HMI 1,2 kW, suspendues sur une structure Z‑Decke au plus près du proscenium. Arthur LT se distingue par un faisceau serré, une optique taillée pour la longue portée, un excellent IRC et un mode “Silent” indispensable pour une installation à découvert derrière les spectateurs. Tristan, plus compacte, propose un zoom 7°-14,5° et un iris électronique calibrable, pilotable depuis la console, capable d’assumer des angles très marqués et des contraintes d’accroche extrêmes, tout en restant confortable pour les poursuiteurs. Pour Cornelius Hunziker, maître éclairagiste du Théâtre, le passage du HMI à la LED s’est fait sans renoncer ni à la puissance ni à la finesse de lumière, tout en gagnant en stabilité colorimétrique et en souplesse de pilotage.

Zauberfloete au Théâtre de Bâle – Photo © Ingo Hoehn
Avec Morgane, Robert Juliat pousse encore plus loin cette filiation chevaleresque. Poursuite LED de 825 W pour environ 1 000 W de consommation, Morgane affiche un zoom 13°-24°, un rendement supérieur à 30 000 lumens, un faisceau homogène et un IRC > 90 : de quoi succéder sans rougir aux Flo et autres MSR 1800. Conçue et assemblée dans les ateliers franciliens, elle garde la signature optique de la marque tout en offrant refroidissement silencieux, gradation électronique fluide, pilotage DMX/RDM/ArtNet/sACN, afficheur déporté repositionnable et iris motorisé.

La poursuite Morgane au Moulin Rouge – Photo © Philippe Wojazer
Au Moulin Rouge, trois Morgane 825 W prennent place en passerelle technique, entre 15 et 30 m des artistes, pour accompagner la revue Féerie jouée deux fois par soir, 365 jours par an. Plus compactes et plus confortables que leurs aînées Lucy et Alice, elles assurent une uniformité parfaite entre elles, condition vitale pour la cohérence de la signature lumière imaginée par Christian Bréan et défendue par Jean‑Jacques Clerico, Éric Legrand et Philippe Guitton. L’iris motorisé offre une précision appréciée, mais l’équipe choisit de ne pas l’automatiser depuis la console pour préserver la “patte” des poursuiteurs : ici, la technologie vient prolonger le geste, pas le remplacer.
SpotMe : un tracking qui part du plateau
Dans ce paysage de sources LED, SpotMe occupe une place à part : celle d’un système de tracking qui part du poursuiteur, et non d’une caméra. À Broadway, Stranger Things: The First Shadow l’utilise avec des poursuites Arthur pour piloter une grande partie de l’éclairage principal. Des capteurs PAN/TILT et iris montés sur la poursuite et son support envoient en temps réel leurs mouvements à un serveur, qui calcule la position exacte du point visé sur le plateau puis diffuse ces données via PosiStageNet et sACN/DMX à l’ensemble des projecteurs motorisés. La poursuite frontale devient alors chef d’orchestre d’une constellation de sources : certains projecteurs reprennent la position pour dessiner des latéraux, d’autres des contres, chacun avec sa couleur et sa texture. Le suivi reste piloté par un regard humain, capable d’anticiper le jeu, d’accepter parfois l’imperfection comme partie intégrante de la vie du plateau, tout en profitant de la précision et de la répétabilité d’un système de tracking. C’est moins un “effet” qu’un outil d’écriture, qui redonne au poste de poursuiteur une place assumée dans la dramaturgie lumière.

Stranger Things: The First Shadow à Broadway
Une marque de confiance au cœur de la transition
Des plateaux télé aux grandes scènes internationales, un même constat se dessine : pour investir dans des parcs LED, des poursuites de nouvelle génération ou un système de tracking, de nombreux lieux s’appuient sur une marque qui a fait ses preuves, qui fabrique ses produits sur un même site francilien et qui a construit sa R&D en dialogue étroit avec les utilisateurs.
Dans un secteur où les technologies ont évolué en dix ans plus vite qu’en plusieurs décennies, Robert Juliat occupe une position singulière : celle d’un industriel qui traverse les âges de la poursuite et de la découpe sans rompre le fil entre générations de techniciens et de créateurs. Les découpes et modules Sully, les gammes Dalis, les poursuites Arthur LT, Tristan et Morgane, le SpotMe, … tout cela raconte une même chose : la possibilité de préparer une transition LED et data exigeante sur le plan artistique, responsable sur le plan énergétique, et respectueuse de celles et ceux qui, chaque soir, tiennent un projecteur, suivent un corps et donnent à voir un plateau.






