En début de semaine, Christian Hugonnet lançait la 23e édition de La Semaine du Son de l’UNESCO, au siège à Paris. Après une petite semaine de campagne-événements, concerts, tables rondes, les professionnel.le.s du son célébraient hier soir, à la Philharmonie, le lancement officiel des recherches quant à une future labellisation intitulée “Qualité attendue d’une sonorisation”. En 2024, le son emploie près de 144 000 personnes en France et représente près de 43 milliards d’euros d’activité selon une étude récente,(1) soit une croissance de plus de 15 % en cinq ans. La mise en place d’un label dans ses différentes filières n’est pas lettre morte. À l’occasion de cet événement, nous avons rencontré le Président et fondateur de cette Semaine, afin qu’il nous détaille les contours de ce label dont l’application est prévue dès 2027.

Audience de lors de la présentation de la 23e édition de La Semaine du Son del’UNESCO – Photo © Jean-José Wanègue
Comment La Semaine du Son de l’UNESCO est-elle née et quelles ont été les grandes étapes de cette aventure ?
Christian Hugonnet : En 1998, au moment où je fonde l’association de La Semaine du Son, je m’inspire de son pendant qui existe déjà : la Semaine du Goût. Nous sommes dans un pays terriblement rétinien alors que le son est un excellent créateur d’images. Il fallait donc renverser un peu la vapeur, en tout cas prendre conscience de l’importance du son pour justement magnifier le visuel. Depuis 2004, nous organisons donc La Semaine du Son selon une approche transversale de cinq domaines du son : santé (santé auditive), acoustique et environnement sonore, techniques d’enregistrement et de diffusion, relation image et son, expression musicale et pédagogie. Dix ans plus tard, en 2014, l’Association approuve en assemblée générale sa Charte qui définit trente-trois objectifs concrets à atteindre au sein des cinq secteurs d’activité. Parmi eux : encourager le port de l’aide auditive, faire connaître aux élèves l’échelle des niveaux sonores à l’instar du degré Celsius pour la température, privilégier en concert ou en diffusion publique les techniques de multidiffusion afin d’obtenir une meilleure homogénéité de restitution et de diminuer le niveau sonore global, reconnaître l’apport des professionnel.e.s du son dans la création ou encore prendre conscience que la pratique musicale collective est un moyen de lutte contre la violence et l’exclusion. La Charte de La Semaine du Son est présentée pour la première fois à l’UNESCO le 18 janvier 2016, puis adoptée en octobre 2017. Elle devient La Semaine du Son de l’UNESCO en 2019, ce qui fait de nous une ONG, partenaire officiel de l’UNESCO depuis 2024. Il nous importe désormais de tisser une toile à l’échelle internationale pour que le sonore devienne un élément de construction de notre équilibre sociétal, culturel et économique.

Christian Hugonnet lors de la présentation de la 23e édition de La Semaine du Son de l’UNESCO – Photo © Jean-José Wanègue
Cette édition met l’accent du côté de “l’innovation dans le son”. Pouvez-vous nous présenter le programme qui lui est consacré ?
C. H. : Dès la première rencontre de cette édition, nous avons mis en avant la Clinique de l’Oreille, qui met en relation santé auditive, innovations et inclusion. Ce lieu absolument incroyable, qui n’existait pas encore il y a six mois au centre de Paris, reprend toutes les connaissances que nous avons aujourd’hui sur l’audition, à commencer par l’audio-prothèse, en allant jusqu’aux IRM, au traitement IRM, à la thérapie génique, notion extrêmement importante quant au développement de la connaissance de la perception auditive. Nous nous intéressons également aux implants cochléaires. Et puis, lors de cette journée, entièrement consacrée aux nouveautés, nous avons parlé également de l’écoute grâce aux neurones. Nous pensions jusqu’à présent que c’était l’oreille qui fonctionnait alors que nous pouvons remplacer certaines des cellules par des capteurs qui sont directement en relation avec les neurones de l’audition. Le cerveau qui écoute, c’est une notion extrêmement forte. Puis, toujours du côté de l’innovation, c’est du côté de l’habitat que nous avons souhaité mettre l’accent grâce à la journée en lien avec notre partenaire Saint-Gobain.

Concert de Barbara Pravi & André Manoukian à l’inauguration de la 23e édition de La Semaine du Son de l’UNESCO – Photo © Jean-José Wanègue
Lors de la soirée du 22 janvier, vous dessiniez les premiers contours d’un label intitulé “Qualité attendue d’une sonorisation”. Quels sont les piliers de celui-ci ?
C. H. : Nous démarrons seulement l’aventure, les critères restent encore à venir donc ! Mais cette première rencontre grâce à la table ronde d’hier nous permet d’envisager l’avenir, et d’arriver, d’ici l’année prochaine a priori, à la présentation de ce label qui nous permettra de ne plus aller en salle de concert muni de bouchons d’oreille. Nous avons envisagé sa construction avec l’Institut Pasteur, l’OMS mais également avec tous les constructeurs de matériels audio, comme L-Acoustics, mais aussi Nexo ou Yamaha. L’acoustique des salles sera aussi au centre des débats. Nous mettrons sur la table la notion de spatialisation notamment. Bien répartir les sons dans l’espace permet une meilleure maîtrise des sources et donc du niveau sonore. Il nous faudra nécessairement débattre de la question du niveau sonore maximum des salles, qui reste particulièrement préoccupante et sans cadre législatif à l’échelle internationale. La Semaine du Son Belgique qui prône le “Label 90db”(2) apparaît comme un seuil raisonnable et une tentative de normalisation. Je rappelle qu’en France il est interdit de dépasser les niveaux de pression acoustique continus équivalents à 102 dB(A) sur 15 minutes et 118 dB(C) sur 15 minutes pour tout lieu accueillant des activités impliquant la diffusion de sons amplifiés. De son côté, l’Union Européenne impose depuis 2003 au monde du travail sa directive européenne(3) pour les activités professionnelles : 80 dB(A) pendant 8 h, 83 dB(A) pendant 4 h, 86 dB(A) pendant 2 h ou encore 89 dB(A) pendant 1 h.

Inauguration de La Semaine du Son de l’UNESCO au siège à Paris – Photo © Jean-José Wanègue
À qui se destine finalement ce label ? À ces grands constructeurs de matériel, aux salles de spectacle ? Représenterait-il comme un tampon sur un passeport d’un.e technicien.ne ou un.e ingénieur.e son ? Pourrait-il être assigné aux écoles qui verraient leurs étudiant.e.s comme labellisé.e.s ?
C. H. : La “Qualité attendue d’une sonorisation” requiert évidemment une installation qui convienne, une acoustique qui convienne et enfin une personne qui convienne. La convergence de ces trois éléments est essentielle. Donc une salle ne peut pas se dire, a priori, qualité sonore par elle-même. À titre personnel, je rajouterais même d’ailleurs un quatrième point, qui serait celui d’une personne qui soit installée de la même manière que les publics. Cette personne serait comme l’oreille complice, l’équivalent du metteur en ondes en radio, celui qui a la bonne oreille. Comme vous l’évoquez, un élément clé, il faut évidemment que les écoles s’en emparent. Ce label sera présenté à l’AES (Audio Engineering Society®), qui est un organisme international. Un tel label n’a jamais été imaginé, et l’UNESCO est l’organisme idéal pour le promouvoir.

Sonomètre dans la salle 1 du siège de l’UNESCO – Photo © Jean-José Wanègue
La Semaine du Son de l’UNESCO continue son chemin en France la semaine prochaine grâce au Week-end des Orchestres ainsi qu’à l’international. Tout le programme ici :






