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Aurélien Bory inaugure son Festival SCÉNO au Théâtre Garonne à Toulouse

Compris ici comme le premier geste au théâtre, la scénographie débute bien l’année au Théâtre Garonne de Toulouse. En faisant l’objet d’un festival dédié d’une durée de quinze jours, elle fête une première édition, sobrement intitulée Festival SCÉNO. Il sera notamment l’occasion de découvrir ou redécouvrir des pièces dont l’espace connaît une réflexion singulière. À la tête du Théâtre Garonne depuis septembre 2024 suite au départ compliqué de l’ancienne direction,(1) Aurélien Bory célèbre ainsi sa première année de programmation et consacre à sa première pratique une attention toute particulière. Il revient avec nous sur son appétit d’accompagner les artistes et détaille le programme.

THIS & THAT – Photo © ©Steven Wendt

Cela fait un petit peu plus d’un an que vous avez pris la tête du Théâtre Garonne. C’est la première fois que vous tenez les rênes d’un lieu comme un lieu de théâtre. Pouvez-vous nous partager ce qui amotivé cette décision ?

Aurélien Bory : Depuis l’installation de ma Compagnie en 2016 au Théâtre de la Digue, j’ai eu l’opportunité d’accompagner beaucoup d’artistes en création. C’est une première expérience qui m’a convaincu que ce chemin était un enjeu majeur pour moi. J’y trouvais du sens et je pouvais, au-delà de mes propres créations, peut-être avoir un impact à l’endroit des autres. Nous y avions des moyens modestes mais il m’a permis d’imaginer le projet pour lequel j’ai été retenu au Théâtre Garonne, autour de l’accompagnement des artistes. Ma nomination au Théâtre Garonne n’est finalement qu’un simple prolongement. Cest un très beau théâtre qui, n’étant pas une scène labellisée, permet la mise en place d’un projet consacré autour de ses spécificités : la fabrique d’un théâtre dans une ancienne station de pompage des eaux du XIXe siècle.

Aurélien Bory – Photo © Aglaé Bory

 

En cette rentrée 2026, votre deuxième partie de saison s’ouvre avec ce nouveau festival sobrement intitulé SCÉNO. Quelle est son ambition ?

A. B. : En tant que scénographe, mon travail artistique est très centré sur la question de l’espace. En réfléchissant à la notion de “scénographie”, je me suis rendu compte de deux choses. D’abord, la scénographie est le premier geste au théâtre, c’est-à-dire que pour qu’il y ait théâtre, il a fallu qu’il y ait un espace et que cet espace soit pensé et organisé. C’est la fondation même du théâtre qui est issue d’une pensée scénographique. Je trouvais sa programmation au mois de janvier idéale, parce que c’est le premier mois de l’année consacré au premier geste du théâtre. Je souhaitais également que la scénographie, qui est plutôt un mot issu du jargon de la création théâtraleque tout le monde ne comprend pas bien, plutôt technique et du milieu–, soit davantage partagée avec le public. De là est née l’occasion d’en faire un festival, la sortant d’une réflexion professionnelle parce qu’il existe beaucoup d’événements en France autour de la scénographie. En nommant le festival “SCÉNO”, c’est d’une certaine manière rendre lisible le mot “scénographie” mais aussi montrer la grande diversité des formes. La question de l’espace, évidemment très présente chez tous les artistes présentés, développe une esthétique propre et tout à fait singulière dans chacun des projets. En présentant ces formes très différentes qui ouvrent des théâtres différents, j’y vois quelque part une certaine transversalité des approches.

Das Was Ist d’Ulla von Brandenburg – Photo © Courtesy the Artist and Art Concept, Paris

 

Si la programmation est riche, le projet d’ouverture THIS & THAT de Phil Soltanoff & Steven Wendt attise la curiosité puisqu’ils sont inconnus des publics de France. Pouvez-vous nous les présenter en quelques mots ?

A. B. : Ils feront leurs premières françaises ! Nous avons développé une grande complicité avec Phil Soltanoff puisque nous avions créé ensemble Plan B et Plus ou moins l’infini au début des années 2000. Il présente THIS & THAT avec Steven Wendt, un artiste-performeur montreur d’ombres. Ce qui me plaît avec le théâtre d’ombres, c’est qu’il est probablement né avec le théâtre. Les scientifiques ont révélé qu’à la Grotte Chauvet, des jeux d’ombres étaient possibles. Et c’est la raison pour laquelle ils commencent la programmation du Festival SCÉNO, avec ce qui constitue encore une fois un premier geste. Toutefois, en tant que virtuoses de cet art, ils réinventent ensemble un théâtre d’ombres dans une forme à la fois très contemporaine et très accessible. Ils conjuguent à la fois un théâtre d’ombres fait avec les mains à la manière de ce qui aurait pu exister dans la Grotte Chauvet, c’est-à-dire une forme ancestrale, mais aussi avec une forme d’aujourd’hui grâce à des outils techniques avancés. Mais la programmation est riche, et les publics auront notamment l’occasion de découvrir Miet Warlop qui n’est jamais venue à Toulouse. Elle présentera After All Springville, la pièce qui l’a révélée mais que peu de gens ont vu finalement. Philippe Quesne vient également présenter sa dernière création, Le Paradoxe de John, qui n’a pas encore tourné en région et que nous avons co-produit au Théâtre Garonne. Avec Shantala Shivalingappa, nous présentons dans la ville qui l’a vu naître le projet aSH. En ce sens, je souhaite faire de ce Festival non pas un festival uniquement dédié à la création mais bien un festival qui permet la reprise de pièces anciennes et faire le lien entre les choses. 

aSH, Cie 111 et Shantala Shivalingappa – Photo © Aglaé Bory

 

Comment avez-vous préparé le lien avec les jeunes scénographes dans le cadre de cette première édition ?

A. B. : Je suis très proche de l’ENSATT et de son département de scénographie. En imaginant le Festival SCÉNO, j’ai tout de suite pensé qu’il fallait que les scénographes reconnus comme Philippe Quesne soient présents mais aussi les futurs scénographes. J’ai donc proposé que les étudiantes en troisième année, les prochaines à entrer dans la vie active, puissent participer à ce festival. J’ai alors proposé un exercice intitulé Théâtre idéal ; Quarts d’heure scénographiques”. Il s’agit plutôt d’une forme ludique afin que les publics partagent des questions scénographiques en faisant la visite d’un décor qui n’existe pas. Les publics sont assis dans la salle face à un plateau vide et les scénographes vont nous faire la visite du décor oralement. C’est un exercice de l’imaginaire qui permet l’explication, et expose les grands principes qui ont conduit à ce décor. C’est la magie du théâtre, en tirant les lignes de ce décor face au plateau nu, nous allons finalement avoir ce décor sous les yeux. C’est grâce aux murs du théâtre, à l’espace vide, que le décor existe, il est impossible de le concevoir sans l’espace. Cet exercice touche donc à la fois au visible et l’invisible qui représentent finalement la dialectique du théâtre. 

Le Festival SCÉNO se déroule au Théâtre Garonne de Toulouse du 15 au 31 janvier 2026. Vous trouverez tous les détails de sa programmation ici 

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