Le Conservatoire de Rennes

Le nouveau site du Blosne

Le nouveau site du Conservatoire de Rennes, réalisé par l’agence Tetrarc, s’implante dans le quartier prioritaire du Blosne. C’est un projet complexe de grande envergure avec des ambitions hautes et un visuel fort. Cependant, après plus d’une année de fonctionnement, les usagers doivent encore trouver leur marque dans ce labyrinthe musical.

Vue aérienne - Photo © MRW Zeppeline Bretagne

Vue aérienne – Photo © MRW Zeppeline Bretagne

Au cœur du Blosne

Situé en plein cœur de la Ville, le site Hoche, siège historique du Conservatoire de Rennes, s’inscrit dans des bâtiments datant du XIXe siècle. Un bâtiment devenant vétuste, un îlot, une cour et beaucoup de préfabriqués car les pratiques évoluent et les utilisateurs poussent petit à petit les murs. Ainsi, un projet de rénovation est réfléchi depuis une dizaine d’années.

Le projet initial, en 2013, rassemble les trois disciplines (musique, danse et théâtre) et le Pont Supérieur (Pôle d’enseignement supérieur spectacle vivant Bretagne – Pays de la Loire) sur un même site ; un projet massif de 12 000 m2 vite abandonné car l’enveloppe budgétaire ne suit pas. Un nouveau programme est alors établi, répartissant les différentes activités du Conservatoire sur deux lieux : le site historique Hoche et un nouveau, celui du Blosne, situé dans un quartier prioritaire de la Ville en plein renouvellement urbain où le Conservatoire avait déjà une accroche territoriale. L’objectif devient donc multiple : redonner des lieux de musique adaptés aux utilisateurs avec de grandes salles de répétition collectives, quelques studios individuels et des salles de représentation, mais aussi marquer le renouvellement du quartier par un équipement public culturel pouvant soutenir la diversification des publics.

Conservatoire de Rennes, octobre 2021- Photo © Dimitri Lamour

Conservatoire de Rennes, octobre 2021- Photo © Dimitri Lamour

Le concours est remporté début 2016 par l’agence nantaise Tetrarc, accompagnée des scénographes d’Architecture & Technique et l’Atelier Rouch pour la partie acoustique. La proposition architecturale étonne par ses courbes, contrastant avec l’architecture des années 70’ et les lignes rectilignes environnantes. Après deux longues années d’études et un chantier terni par la crise sanitaire, le Conservatoire sort finalement de terre en juin 2021.

Le hall - Photo © Dimitri Lamour

Le hall – Photo © Dimitri Lamour

Tout dans la forme

Accessible depuis le métro, le Conservatoire se love au bout de la nouvelle esplanade Zagreb, anciennement un parking. C’est un volume assez bas dont les 5 170 m2 se déploient sur quatre niveaux avec une partie basse vitrée et semi-boisée. Le reste de la façade est composé de murs rideaux sur toute la hauteur, plus opalescents, en polycarbonate et verre, lui donnant un peu de transparence, certes, mais aussi une certaine intimité. “Nous avons travaillé un carré de 50 m x 50 m à peu près, que nous avons extrudé du nombre de niveaux dont nous avions besoin pour réaliser le programme. Puis nous avons effectué des soustractions de formes booléennes (sphère, cylindre). C’est à la rencontre de ces soustractions et de nos façades que nous avons créé des lignes dynamiques et notre cinquième façade – celle de la toiture – avec cette forme un peu extraordinaire de par ses rabaissements”, explique Olivier Pérocheau de Tetrarc.

Le Pont Supérieur - Photo © Dimitri Lamour

Le Pont Supérieur – Photo © Dimitri Lamour

En façade sud, le nuage ; un élément architectural particulier, technique et non prévu au programme parcourant toute la façade courbe et concave. Pensé comme brise-soleil et voulant marquer l’identité de l’équipement, il n’est malheureusement que trop peu visible depuis l’esplanade. À voir s’il interpellera plus une fois les travaux environnants terminés.

Pour compléter l’ambition du projet, la maîtrise d’ouvrage souhaite un bâtiment exemplaire sur le volet constructif en adoptant une démarche BIM mais aussi sur le volet énergie en concevant un bâtiment peu consommateur d’énergie. Ainsi, des panneaux photovoltaïques habillent entièrement l’impressionnante toiture en zinc, censés satisfaire les besoins en électricité.

L’évolution des usages

C’est un bâtiment qui émane de compromis”, résume Mathieu Berneschi, chargé du projet à la ville de Rennes. En effet, l’évolution des usages et des demandes de la nouvelle direction ont complexifié le projet en cours de route. D’une part, la définition des salles pouvant accueillir du public pour les représentations a évolué. Par exemple, le plus grand studio de théâtre peut accueillir une jauge de quarante personnes alors que ce n’était pas prévu au programme. A fortiori, l’équipement scénique ou l’accès public ne sont pas forcément bien pensés. A contrario, les représentations de danse se font davantage dans l’auditorium que dans les spacieux studios de danse, d’où un équipement scénique peut-être trop généreux par rapport à l’usage. D’autre part, après livraison, le bâtiment ne convainc que partiellement les utilisateurs. Malgré le respect du programme acoustique, de nombreuses salles, notamment celles dédiées aux percussions et aux musiques actuelles, sont trop fatigantes acoustiquement, trop réverbérantes. “Je pense que le programme était un peu ambitieux par rapport aux pratiques usuelles”, livre Nicolas Albaric, acousticien. En fin de compte, c’est un programme acoustique qui n’a pas bien traduit physiquement les sensations subjectives des utilisateurs. “Pour moi, c’était vraiment une première car souvent nous avons des programmes soit contradictoires soit qui ne nous paraissent pas fiables. Là, nous sentions qu’il avait été travaillé et à aucun moment j’ai eu des doutes sur le fait qu’il fallait le suivre”, explique-t-il.

Le patio en R+2 - Photo © Dimitri Lamour

Le patio en R+2 – Photo © Dimitri Lamour

Des premières modifications ont donc été mises en place l’été dernier afin de réduire la réverbération des salles concernées. Des panneaux absorbants et des rideaux ont été ajoutés là où c’était nécessaire. L’Atelier Rouch et les architectes ont également conçu un système de panneaux acoustiques clipsables se positionnant sur les panneaux existants pour réduire la réverbération. “L’intérêt est de pouvoir les déplacer facilement d’une salle à l’autre, pour adapter au besoin.

Formes pyramidales, auditorium - Photo © Yann Peucat

Formes pyramidales, auditorium – Photo © Yann Peucat

Un labyrinthe musical

L’accès principal s’effectue depuis la façade vitrée est. Dans la continuité de l’entrée, les utilisateurs accèdent à un large foyer, une zone d’attente pouvant être investie lors de manifestations festives. Malgré le dynamisme de ses lignes – façade en courbe, plafond habillé de panneaux acoustiques allongés et pyramidaux –, la grande hauteur sous plafond ainsi que la blancheur des murs et du sol peinent à rendre le lieu totalement chaleureux. La sensation est dispersive. La borne d’accueil, quant à elle, est glissée dans un couloir passant et étroit, nuisant à son accès. D’ailleurs, à la demande des utilisateurs, une seconde borne de billetterie pour les représentations a été installée après livraison dans la zone du foyer, plus accessible et visible.

La scène - Photo © Nicolas Pillet

La scène – Photo © Nicolas Pillet

Les salles des différents départements gravitent autour d’un écrin central, l’auditorium situé en rez-de-chaussée, et d’un extraordinaire patio en R+2. Chaque étage possède ses spécificités :

  • En rez-de-chaussée se répartissent trois salles de percussion, le plateau grand orchestre pour la répétition d’ensemble ainsi que les deux salles pour musiques amplifiées ;
  • Au R+1, nous retrouvons les bureaux de l’administration, quelques salles de travail de MAO, jazz et le foyer de l’auditorium ;
  • Les départements de danse et théâtre sont distribués au R+2 tout autour d’un patio se présentant comme un amphithéâtre arboré donnant sur le Blosne ;
  • Enfin, le R+3 est destiné aux espaces du Pont Supérieur et quelques salles à la musique traditionnelle.

Si pour les techniciens l’accès aux différents étages est fluide grâce au monte-charge en façade ouest, il n’en est pas de même pour les autres usagers. L’escalier d’entrée ne dessert facilement que le foyer de l’auditorium, les salles de danse et les bureaux du Pont Supérieur. Ainsi, par usage, les élèves des autres départements utilisent principalement l’escalier se trouvant au fond du bâtiment, pouvant complexifier les circulations. Mais le problème majeur auquel sont confrontés les usagers est le manque d’espaces de stockage. Les instruments s’empilent dans les loges du rez-de-chaussée et du R+1 ; donc quand ces dernières servent à leur usage propre, cela demande davantage de manutention. “L’aire de déchargement est l’endroit où nous stockons le plus. […] Ce n’est pas pratique car la zone est froide et souvent encombrée”, livre Nicolas Pillet, régisseur technique du site. La demande serait d’aménager une partie du préau du patio, notamment pour les praticables de l’auditorium. À suivre.

 

L’écrin

En plus de la forme du bâtiment, ce qui marque l’identité du Conservatoire est son auditorium, une salle impactante d’une capacité de 288 places + places PMR, revêtue aux murs et au plafond de pyramidions d’un rouge intense. Le bon rapport scène/salle et les dimensions généreuses de la scène (18,30 m de large et 12,10 m de profondeur avec une hauteur d’environ 7 m) satisfont les besoins exprimés. L’auditorium représente un gros enjeu car tout le monde veut s’en servir mais sans avoir les mêmes besoins. Anticipée en phase du programme, l’acoustique y est variable mais uniquement au plateau par la pose de velours, pendrillons et rideau de fond de scène. “Comme c’est un volume très ouvert car il n’y a pas de cadre de scène, cette modularité de la réverbération du plateau engendre une variation de la réverbération globale du volume général de la salle, sachant que nous n’avons mis aucun absorbant aux murs et que le gradin est donc la seule surface absorbante. En revanche, nous avons tout un système de panneaux diffusants pour que la propagation du son se répartisse bien dans l’ensemble du volume. […] Nous avons réussi à faire quelque chose de simple et efficace”, explique Nicolas Albaric.

Plateau d’orchestre - Photo © Nicolas Pillet

Plateau d’orchestre – Photo © Nicolas Pillet

Somme toute, l’outil est très bien équipé. Une passerelle fixe et transversale est installée, totalement dissimulée de la vue des spectateurs car cachée par l’habillage du plafond. “Nous avons essayé de trouver le meilleur compromis avec les architectes et le régisseur pour le positionnement de la passerelle. […] Elle était très compliquée à mettre en place car nous étions dans une contrainte de poutraison, de béton, d’accessibilité et d’orientation”, exprime Carole Clerc-Dumagenc, scénographe. L’idéal, en effet, aurait été de la positionner une trame plus loin pour obtenir l’angle à 45° sur la face de la scène. Dix perches motorisées à vitesse variable sont positionnées en fixe sous la structure porteuse formant le faux gril, une équipe avant-scène côté salle ainsi que quatre latérales (deux à cour et deux à jardin) complétant l’équipement. D’abord imaginé pour un équipement scénique traditionnel, le basculement à la LED en cours de projet n’a pas fait diminuer la puissance électrique fournie. “C’est bien mais nous avons une puissance démesurée par rapport à l’usage”, confie le régisseur.

Salle de musiques amplifiées David Bowie - Photo © Nicolas Pillet

Salle de musiques amplifiées David Bowie – Photo © Nicolas Pillet

Les salles de répétition

Le projet prévoit plusieurs salles de répétition avec la possibilité d’un accueil public : la salle Bowie dédiée aux musiques actuelles, le plateau d’orchestre, les studios de danse ainsi que l’espace Chéreau, studio de théâtre. L’acoustique générale de toutes les salles est assurée par une désolidarisation solidienne des volumes et la présence de panneaux acoustiques. Un rajout de rideaux a tout de même été nécessaire pour palier la réverbération à réception du bâtiment, notamment pour le plateau d’orchestre.

La salle Bowie est un espace de 99 m2 plongé dans une atmosphère bleu violet lui donnant une belle personnalité. Totalement équipée avec une résille fixe, une console à demeure, c’est un bel outil de travail pour les étudiants qui peuvent y réaliser leur première scène. Attenant à la salle, un studio d’enregistrement vitré donne directement vue sur la salle. Pensé pour être mutualisable avec l’autre salle adjacente, une seconde baie vitrée donne sur cette dernière. Cependant, des coupures de budget n’ont pas permis de poursuivre les travaux de câblage ; ainsi, ce studio d’enregistrement perd son double usage. En termes de réseaux, toutes les salles prévues pour l’accueil de public sont à la page et dotées d’un système de baies son et audiovisuel qui, à terme, avec la fibre, permettrait de mettre en réseau toutes les salles du Conservatoire.

Salle des percussions - Photo © Nicolas Pillet

Salle des percussions – Photo © Nicolas Pillet

Toujours au rez-de-chaussée, dans l’aile nord, le plateau d’orchestre de 158 m2 se présente avec une esthétique sobre dans les tonalités beiges, contrastant avec les autres salles de répétition très colorées. Réfléchie pour la répétition d’orchestres de cinquante personnes avec un accueil public de cent personnes, cette salle accueille aujourd’hui plutôt des ensembles de quatre-vingt personnes voire plus. Une évolution qui bascule l’orientation d’usage de la salle et remet en question l’équipement scénique prévu. En effet, l’espace est extrêmement bien doté avec une structure supportant un réseau de porteuses fixes. “Tout est équipé pour la lumière, le son et il est possible de faire tout ce que nous voulons. Mais en pratique, la salle ne fait que de la répétition, pas de captation ou de représentation.

Le suréquipement scénique est également perçu au niveau des studios de danse. Très lumineux et spacieux, ces derniers sont au nombre de trois, dont deux pouvant fusionner et créer une salle de représentation d’environ 354 m2. La salle est en effet très bien équipée avec en sous face du plafond suspendu et acoustique un ensemble de porteuses fixes d’accroche formant une résille intéressante. L’unique petit bémol à cette configuration, peu exploitée pour le moment, est le positionnement des portes qui oblige le public à cheminer sur le plateau de danse. Cela suggérerait la création d’un passage ad hoc mais viendrait empiéter sur le plateau.

Rez-de-chaussée - Document Tetrarc

Rez-de-chaussée – Document Tetrarc

Décalage

Aujourd’hui, le Conservatoire est un outil apprécié des utilisateurs même s’ils ne l’ont pas encore totalement apprivoisé et que des décalages entre forme et fonctionnement sont perceptibles. C’est un équipement qui a manifestement souffert des évolutions des usages, de visions divergentes et d’un budget restreint par rapport aux ambitions. Il nous permet de toucher du doigt l’enjeu de l’écriture des programmes pour une réponse plus adaptée aux besoins des usagers et une efficacité dans la distribution des espaces et des moyens, sans pour autant amoindrir le potentiel technique.

Coupe de l’auditorium - Document Tetrarc

Coupe de l’auditorium – Document Tetrarc

 

 

 

  • Surface totale : 5 170 m2 SP
  • Coût des travaux : 15,2 M€ HT
  • Calendrier :
    • Concours : 2016
    • Études : 2016/2018
    • Livraison : juin 2021
  • Démarche environnementale :
    • BEPOS Effinergie 2017
    • Panneaux solaires en toiture (autonomie en électricité) : 99 kW/h

Charlotte Wuillai

Formée en ingénierie urbaine et en scénographie aux Beaux Arts de Bologne, Charlotte Wuillai porte un intérêt tout particulier à l’aménagement des espaces et aux arts visuels. Ses expériences multiculturelles et interdisciplinaires l’ont amenée à collaborer sur de nombreux projets de conception scénique, d’exposition, d'événements et d’installations urbaines.

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