Un air de fête

Le 20 mai dernier, à 18h, la cour de La Filière avait des allures de fête foraine. La traditionnelle exposition du CFPTS (Centre de formation professionnelle aux techniques du spectacle) revenait après deux ans d’absence liée à la crise sanitaire. C’est l’idée originale de Sophie Lecarpentier, metteuse en scène et ancienne stagiaire, avec la collaboration de Sylvie Grand d’Esnon et David Dreiding qui a fait naître cette expérience joyeuse où chimères, passe-boule, chamboule-tout, lanceurs de couteau et pêche à la ligne s’étaient écrits en stands pour créditer un véritable royaume de l’illusion. Cœur battant des festivités, la fameuse et très reconnue formation accessoiriste-réalisateur du CFPTS. Une occasion pour mettre en mouvement La Filière à travers ses métiers.

Toutes les photos sont de © CFPTS

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Une formation taillée sur mesure

Stage long de reconversion professionnelle, la formation accessoiriste-réalisateur se déroule sur 24 semaines et s’adresse à des personnes sensibilisées au monde du spectacle. Quinze modules, allant de la préparation du travail à l’histoire de l’art et des conventions plastiques en passant par les techniques telles que moulage, volume, techniques mixtes, sans négliger les initiations fondamentales à la menuiserie, la soudure et en ajoutant le travail sur les matériaux de synthèse, le Plastazote et les travaux de peinture/patine et enfin la prévention des risques et le droit du travail. Un ensemble conduisant à la préparation d’un CAP délivré (ou non) par l’éducation nationale après des épreuves ponctuelles.

Le déroulé pédagogique comprend des cours théoriques et pratiques, des exercices, des réalisations individuelles et/ou collectives pratiques. Dispensée par des intervenants de haut-vol, cette formation est devenue incontournable pour qui se destine à ce métier d’artisan/artiste. Une raison de plus pour rendre visible le travail des stagiaires à travers une présentation mise en scène des différentes réalisations.

Pour les besoins de l’exposition, plusieurs modules enseignés à La Filière ont également été convoqués, matiérages et patines appliqués aux décors, corde à piano (accessoires, carcasserie), techniques de réalisation de marionnettes, fondamentaux du travail du bois dans la construction et la promotion des douze techniciens du CFA-SVA (CFA du spectacle vivant et de l’audiovisuel) en partenariat avec le CFPTS. Sophie Lecarpentier est une ancienne stagiaire et elle ne tarit pas d’éloges sur cette formation qu’elle a suivie il y a quelques années.

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« La richesse de la formation, c’est la qualité des enseignants.  Des artisans d’art qui se passent les secrets de bouche à oreille. Les supports de cours ne suffisent pas à nous transmettre les mouvements de la main, cette légèreté, ces conseils précieux. La variété des gens recrutés crée une émulation et chacun apporte son vécu. Chacun s’empare d’une technique. Ce qui est beau, c’est l’ampleur du spectre des apprentissages. On nous apprend à regarder différemment les choses. En allant au Louvre, mais également en observant les couleurs, les vieilles patines dans les rues de Paris, les volets usés, les vieilles plaques de rue… C’est cet enthousiasme qui m’a conduite à proposer mes services pour la mise en scène de l’exposition. »

Les savoir-faire s’exposent

C’est donc ainsi que la cour de La Filière s’est transformée en une gigantesque fête foraine. Le stand de Monsieur Muscle avec ses affiches réalisées sur Forex lors du stage matiérage/patines, ses disques de musculation en polystyrène extrudé et tubes PVC, ses haltères faites d’anciennes balles en mousse enrobées d’élastomère et tubes PVC, ses poids moulés sur mesure et tirés en plâtre, résines et mousses diverses pour rire. Celui de Passe-boules convoquant les techniques de type bas-relief (modelage terre, moule silicone, tirage résine polyester stratifiée, peinture et patine). Les chimères sculptées en polystyrène, idée jaillie de l’esprit de l’intervenant en taille directe comme des créatures gigantesques échappées d’un manège ancien. Les pommes d’amour plus vraies que nature…

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Sophie Lecarpentier écrit ceci : « Les féeries fantasques nous ont semblé particulièrement propices aux déploiements des imaginaires des accessoiristes réalisateurs. La fête foraine et ses monstres (la femme à barbe et l’homme-crabe) jouent avec nos peurs, avec les impossibles et les improbables. C’est le royaume de la triche et du faux-semblant qui convoque le plaisir du passant-spectateur complice… J’y vois un écho troublant à ce qu’on apprend au CFPTS dans la formation professionnelle d’accessoiristes-réalisateurs. Le factice, poussé à son comble, donne à voir le monde sous un jour nouveau, mieux que le vrai, plus drôle en tout cas ! – tout comme le théâtre, en racontant des histoires, se fait catalyseur de l’être humain. » Avec ses complices, responsables de la formation, ils ont prudemment choisi la cour de La Filière pour rester en plein air.

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Chacun a apporté ses idées, échangé des images puisées dans le thème fédérateur de la fête foraine, de l’imaginaire classique aux écritures contemporaines, pour donner à voir et lire aux spectatrices et spectateurs l’éventail des savoir-faire. Tout (ou presque) a été construit durant les modules de formation à l’exception de quelques marionnettes anciennes. Un fin travail sur le son a fini de créditer l’illusion. Les stagiaires sont allés puiser dans les bandes-son des films de fête foraine, capter des sons dans la rue, enregistrer des bruits d’eau… Une machine à barbe à papa est venue parfaire l’ambiance en odorama.

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« L’idée était que les gens puissent non seulement voir mais toucher afin de rendre l’exposition plus ludique et surtout pour que les gens du métier puissent réaliser qu’il était possible de fabriquer tout cela lors des créations. En réalité, nous pensons peu à cette ressource et ces savoir-faire aujourd’hui. J’essaie d’ailleurs d’inviter des jeunes metteuses et metteurs en scène pour qu’ils découvrent ces possibilités infinies. »

Une bien belle idée pour célébrer ce travail collectif dont l’objectif est la mise en situation professionnelle. Une bien belle idée aussi pour mettre en mouvement le centre de formation autour de savoir-faire communs. Ce travail encadré par l’équipe pédagogique s’organise sur cinq semaines et dix jours de montage in situ. Et le résultat est probant. Il nous presse de découvrir le thème 2023.

 

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