La Semaine du Son de l’UNESCO

La 19e édition de la Semaine du Son de l’UNESCO s’est tenue du 16 au 30 janvier 2022. Présentation de trois temps forts qui nous ont interpellés : les conférences sur “Les âges de la voix”, “Un cerveau pour entendre”, et le forum des formations supérieures aux métiers du son.

Les cochons d’Inde ont la même audition que l’homme - Photo © Michael Tieck

Les cochons d’Inde ont la même audition que l’homme – Photo © Michael Tieck

La Semaine du Son est un événement annuel fondé en 2004 par Christian Hugonnet, ingénieur acousticien, qui a pour objectif de nous sensibiliser au son et à la qualité de notre environnement sonore en pointant les enjeux et impacts sur nos vies personnelles et sociales, et donc sur notre rapport au monde. Pour cela, elle explore cinq grands thèmes du sonore : la santé auditive, l’acoustique et l’environnement sonore, les techniques d’enregistrement et de reproduction, la relation entre l’image et le son, l’expression musicale. En 2017, l’UNESCO adopte une nouvelle résolution : “L’importance du son dans le monde actuel : promouvoir de bonnes pratiques” ; elle est directement tirée de la charte de l’événement qui devient alors la Semaine du Son de l’UNESCO.


Table ronde “Les âges de la voix”

“Au même titre qu’on a l’âge de ses artères, peut-on dire qu’on a l’âge de sa voix ?”

Pour débattre de cette question, la Semaine du Son a rassemblé un chercheur, une médecin phoniatre et des professionnels de la synthèse vocale, du chant et du doublage qui nous ont éclairés sur cet organe essentiel à notre vie en société et prépondérant dans nos métiers du spectacle.
Dès le plus jeune âge, la voix se structure et se développe automatiquement, en étroite liaison avec l’environnement sonore, en reproduisant les sons entendus. De la même manière, le langage s’installe lui aussi de façon passive : “Nous parlons comme nous avons entendu parler autour de nous”, nous dit la phoniatre Claude Fugain. Une bonne audition est donc garante d’un organe vocal correctement développé ; nous parlons de “boucle audio-phonatoire”.
La voix, qui caractérise un individu et sa personnalité, est la résultante d’une mécanique extrêmement sophistiquée mettant en jeu la respiration, les cordes vocales dans le larynx et les résonateurs dans le pharynx. Son unicité peut se définir par trois paramètres : l’intensité (en lien avec la respiration), la hauteur (en lien avec les cordes vocales) et le timbre. Alors que l’intensité et la hauteur sont scientifiquement quantifiables, le timbre est, quant à lui, beaucoup plus complexe à analyser car il est dépendant de l’utilisation de tous les résonateurs. Ainsi, les chanteurs, imitateurs et comédiens qui savent subtilement jouer de ces résonateurs parviennent à moduler leur timbre de manière étonnante.
Au moment de la mue, à la puberté, la voix subit une transformation majeure : le développement du larynx fait descendre d’une octave la voix du jeune garçon et d’une tierce celle de la fille. C’est la seule action tangible de l’âge sur la voix. Toutes les autres transformations audibles que nous associerions intuitivement au vieillissement n’ont rien à voir avec l’organe vocal. Elles peuvent être liées à des évolutions sociales comme la prise d’un poste à responsabilité, à des habitudes comportementales telles que le tabac ou l’alcool, ou dépendre du vieillissement du corps qui peut modifier respiration et timbre. Mais, contrairement aux yeux et aux oreilles qui se détériorent avec le temps, il est impossible de prouver scientifiquement un vieillissement de la voix.

Affiche de la Semaine du Son de l’UNESCO

Affiche de la Semaine du Son de l’UNESCO

“Un cerveau pour entendre” 

Lors de cette soirée axée sur la santé auditive, il a été question des avancées scientifiques de l’Institut de l’Audition qui mène de front recherche fondamentale et recherche médicale ; il a été également question des acouphènes ainsi que d’une recherche menée sur les dangers de la compression audio.
L’audition est non seulement déterminée par l’oreille, système auditif périphérique particulièrement fragile, mais surtout par le cerveau auditif, système interne extrêmement complexe que nous connaissons de mieux en mieux. Pour exemple, les gènes de la surdité chez l’homme sont maintenant connus et la plasticité cérébrale (la capacité du cerveau à être malléable et à se modifier) permet à un implant cochléaire (de minuscules électrodes qui agissent sur les neurones de la cochlée) d’éduquer un cerveau auditif génétiquement atteint. Ainsi, de très jeunes enfants sourds de naissance peuvent-ils progressivement apprendre à entendre.
Les connaissances évoluent également au sujet des acouphènes, phénomènes souvent et malheureusement bien connus des professionnels du son. Ils peuvent être “objectifs” – les sons entendus sont réellement produits par le corps – ou “subjectifs” – des sons “fantômes” sont produits par le cerveau auditif en réponse à une anomalie telle qu’une perte auditive ou un problème neuronal. La recherche médicale avance dans ce domaine et, une fois la cause de l’acouphène déterminée, il existe des thérapies permettant de soulager le symptôme (compensation de la perte auditive, psychothérapie, …).

Coupe de l’ensemble des organes de phonation - Document © Trialsight Medical Media

Coupe de l’ensemble des organes de phonation – Document © Trialsight Medical Media


Les avancées scientifiques sur le cerveau auditif ont permis de mettre au jour un phénomène particulièrement inquiétant qui concerne l’écoute à fort niveau de son compressé. Le son compressé est celui que nous écoutons dans les écouteurs, voitures, communications à distance, radios, jeux vidéo, … bref, un peu partout dans notre monde contemporain. La compression permet de rendre un son audible dans un environnement sonore bruyant. Elle relève les niveaux faibles, baisse les niveaux forts et augmente le tout au-dessus du fond sonore. Ainsi traité, le son ne connaît plus de contrastes ni de micro silences qui constituent pourtant le son naturel ; l’oreille est sollicitée en continu.
Une expérience sur des cobayes menée par le professeur Paul Avan, chercheur à l’Institut de l’Audition, a révélé qu’une exposition longue et forte à du son compressé agit sur le cerveau auditif et en particulier sur sa capacité de récupération. Lors de cette expérience, les cobayes (dont l’audition est proche de celle de l’homme) sont placés dans une mini-discothèque où ils écoutent pendant 4 h une musique surcompressée à 3 dB de dynamique et diffusée au niveau sonore légal de 102 dBA. Suite à cette exposition, aucune lésion de l’oreille externe n’est remarquée ; la législation qui limite le niveau sonore à 102 dBA semble donc bien adaptée. Par contre, le cerveau est fatigué et sa capacité de récupération est mise à mal. Les circuits nerveux de contrôle qui protègent des sons très forts ne sont plus efficaces pendant ce temps de récupération et une nouvelle exposition à un son intense pourrait alors entraîner de vraies lésions.
Cette découverte confirme le ressenti de fatigue des auditeurs de musique compressée et alerte sur le danger sanitaire. La population exposée au son compressé étant particulièrement jeune et extrêmement nombreuse, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) lance à ce sujet une campagne de prévention en préconisant de nouvelles recommandations.
De son côté, la Semaine du Son, en partenariat avec le label de musique Universal Music France, propose la mise en place d’un label de “Qualité sonore, maîtrise de la compression” qui permettrait de garantir des productions musicales à compression raisonnable et sans danger.
Si la compression excessive a bien un effet néfaste sur la santé, elle a aussi des répercussions dans la dimension socio-culturelle. Les nuances musicales disparaissant, l’oreille ne sait plus les reconnaître et la culture musicale est gravement atteinte. Les niveaux faibles n’existant plus, l’environnement sonore est saturé et l’accès au silence, nécessaire au repos de l’oreille et du psychisme, se raréfie et devient un luxe pour quelques privilégiés.

Schéma du système auditif - Document DR

Schéma du système auditif – Document DR

Formations aux métiers du son

Malgré une petite affluence cette année, le forum a néanmoins rassemblé sur place et à distance une quinzaine de centres de formation qui ont pu répondre aux questions des futurs professionnels. Voici un petit tour des formations présentes selon leurs secteurs.

– Les formations universitaires

  • La double licence Sciences et Musicologie proposée par Sorbonne Université s’adresse aux bacheliers musiciens et scientifiques. Elle débouche sur une poursuite d’études ;
  • Le Master 2 ATIAM (Acoustique, traitement du signal et informatique appliqués à la musique) proposé par l’Ircam forme de futurs chercheurs ou enseignants ;
  • Le Master Création contemporaine et nouveaux médias de l’Université de Saint-Étienne propose une option Informatique musicale qui forme les RIM (Réalisateur en informatique musicale). Ce sont de futurs compositeurs, développeurs d’outils informatiques et chercheurs en informatique appliquée dans tous les secteurs du son.

– Les formations axées “musique”

– Les formations axées “audiovisuel”

  • La Licence Pro Techniques du son et de l’image de l’École universitaire de Paris-Saclay recrute sur Bac+2 et forme des techniciens spécialisés ;
  • 3IS (Institut international de l’image et du son) forme sur trois ans des techniciens son polyvalents qui pourront choisir une spécialisation en audiovisuel, studio et sonorisation, sound design ou production musicale ;
  • Le SATIS (Sciences arts et techniques de l’image et du son) à l’Université d’Aix-Marseille propose un cursus professionnalisant de Licence et Master “Cinéma et Audiovisuel”. Les moyens techniques et la pratique y sont particulièrement importants ;
  • Le département Son de la Fémis propose une formation de prise de son, montage son et mixage spécifique au cinéma. Le cursus se déroule sur quatre ans, la dernière année étant consacrée à une production personnelle et à un travail de recherche.

– Une formation de “design sonore”

  • L’École supérieure d’art et de design TALM au Mans propose un DNSEP Design sonore valant grade de Master et portant sur la création sonore appliquée dans tous les domaines tels que l’industrie, l’espace muséal, les médias numériques, …

– Les formations axées “spectacle vivant”

  • Le département Conception son de l’Ensatt (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) à Lyon propose une formation technique, artistique et conceptuelle sur la création sonore dédiée au théâtre et ouverte aux autres secteurs du son. Le cursus se déroule sur trois ans et aboutit à un Master 2. L’école développe actuellement les échanges avec l’international ;
  • La Filière-CFPTS de Bagnolet propose un vaste catalogue de formations initiales et continues aux divers métiers du spectacle. Les formations en son y sont multiples, généralistes ou très spécifiques. L’alternance est largement pratiquée pour une meilleure insertion professionnelle. À noter qu’à partir de 2023, une formation sera ouverte à des candidats non bacheliers afin d’élargir encore l’accès à nos métiers.

Pour conclure, cette édition de la Semaine du Son a soulevé de nombreuses autres questions comme le rapport du son à l’image, à l’urbanisme, à l’industrie, à la musique, … En régions, de multiples associations ont proposé des événements de sensibilisation accessibles à tous. Enfin, la Semaine du Son de l’UNESCO est maintenant un rendez-vous international qui s’instaure dans différents pays pour partager cette question universelle des enjeux du sonore.

Table ronde “Les âges de la voix”
Paul Avan, chercheur en psychoacoustique – Nathalie Birocheau, CEO d’IRCAM Amplify – Henri Chalet, chef de chœur principal et directeur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris – Claude Fugain, médecin phoniatre – Dorothée Pousséo, actrice spécialisée dans la doublure des voix au cinéma
Débat animé par Jean-José Wanègue, journaliste et ingénieur

Conférence “Un cerveau pour entendre”
Christine Petit, directrice fondatrice de l’Institut de l’Audition – Paul Avan, chercheur en psychoacoustique – Alain Londero, médecin ORL – Christophe Micheyl, directeur européen de la recherche, Starkey France 

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